Les Béninois continuent d’accorder une place importante aux autorités traditionnelles dans la vie sociale et communautaire, mais souhaitent les voir demeurer en dehors des joutes partisanes. C’est l’un des principaux enseignements d’une enquête réalisée par Afrobarometer à travers l’Innovante Recherche en Économie et Gouvernance (IREG), dont les résultats ont été rendus publics le 10 août 2026.
Selon cette étude menée auprès de 1 200 adultes entre fin janvier et début février 2024, près de trois citoyens sur quatre (75 %) estiment que les chefs traditionnels devraient observer une stricte neutralité politique et laisser les électeurs exercer librement leur choix lors des consultations électorales.
Cette position traduit l’attachement des populations aux principes démocratiques et à l’indépendance du vote, dans un contexte où les autorités coutumières continuent de bénéficier d’une forte influence au sein des communautés.
Malgré cette volonté de les voir éloignés des compétitions politiques, les Béninois reconnaissent largement le rôle positif joué par les chefs traditionnels dans la gouvernance locale. L’enquête révèle ainsi que 60 % des personnes interrogées souhaitent un renforcement de leur influence dans les affaires communautaires et locales.
De même, plus d’un répondant sur deux (54 %) considère que les autorités traditionnelles contribuent au renforcement de la démocratie au Bénin. Cette perception témoigne de la confiance accordée à ces figures d’autorité, souvent sollicitées pour la médiation sociale, la prévention des conflits et la préservation des valeurs culturelles.
L’étude souligne également que 62 % des enquêtés estiment que les chefs traditionnels agissent principalement dans l’intérêt et pour le bien-être de leurs populations. À l’inverse, 26 % pensent qu’ils défendent avant tout des intérêts personnels ou particuliers.
Ces résultats interviennent dans un contexte marqué par l’adoption de la loi n° 2025-09 du 3 avril 2025 portant cadre juridique de la chefferie traditionnelle au Bénin. Ce texte consacre officiellement 90 chefferies sur l’ensemble du territoire national et définit leur statut dans l’architecture institutionnelle du pays.
Si la réforme limite leurs prérogatives à des fonctions essentiellement symboliques, culturelles et consultatives, elle reconnaît néanmoins leur rôle dans la promotion de la cohésion sociale, de la paix communautaire et du dialogue entre les populations et les pouvoirs publics.
À travers cette enquête, Afrobarometer met ainsi en évidence une aspiration claire des citoyens : préserver l’autorité morale et sociale des chefs traditionnels tout en garantissant leur impartialité dans les débats et compétitions politiques. Un équilibre que les populations considèrent comme essentiel pour maintenir la confiance accordée à ces institutions ancestrales et renforcer leur contribution au développement local.
Th.A.



