Deuxième journée de la Gaani : sur douze kilomètres, le Sina Boko Tuko Sari revisite les lieux qui racontent l’histoire et la continuité du royaume de Nikki.

Après la sortie solennelle des tambours sacrés qui a marqué la première journée de la Gaani, Nikki a renoué ce mercredi 26 août 2026 avec l’un de ses rituels les plus significatifs : le Sɔniru. À cheval, accompagné de son cortège royal, le Sina Boko Tuko Sari a parcouru près de 12 kilomètres à travers plusieurs lieux de mémoire du royaume. De Demandu à l’ancien palais de Gourou, en passant par des tombes d’anciens souverains et des sites sacrés, le parcours apparaît comme un voyage dans l’histoire, la spiritualité et la continuité de la royauté de Nikki.

Un parcours qui ne se résume pas à une procession

À la mi-journée, le Sina Boko quitte le palais royal à cheval. Derrière lui, le cortège s’ébranle au rythme des tambours sacrés, des trompettes royales, des tam-tams et des tambourins à aisselle.

Sous les ovations de la foule, le souverain avance, accompagné notamment du Sinadunwiru, chargé d’introduire les cérémonies et les sacrifices, et de Baa Agban, responsable du protocole. Les Ganku et Barobu, joueurs de tam-tam qui font les louanges du roi, le griot Yɔkpè, interprète du généalogiste Woru Tokura, ainsi que trompettistes, cavaliers et citoyens complètent le cortège.

Mais derrière cette procession se trouve un rituel beaucoup plus profond. Le Sɔniru constitue un parcours de mémoire, de reconnaissance et de transmission au cours duquel le Sina Boko renouvelle symboliquement ses liens avec ses ancêtres, ses prédécesseurs, les autorités religieuses et les lieux qui ont marqué l’histoire du royaume.

Première halte : Demandu, entre royauté et spiritualité

À Demandu, le souverain salue l’imam Sylla. Ensemble, ils prient pour le marabout peul du roi Sime Dobidia, issu du clan malien des Sylla et présenté comme le fondateur de la première mosquée de Nikki. Le Sina Boko offre ensuite de la cola à l’imam. Le geste symbolise les relations historiques entre la royauté et les communautés religieuses.

Le parcours se poursuit vers Tém Yaku Bakaru, une butte de terre plantée de trois grands arbres. Le lieu est associé à Kpegunu Kabawuko, ancêtre du souverain. Selon le récit traditionnel, celui-ci y serait venu après avoir contribué à relever le royaume ravagé par la guerre.

Des tombes pour raconter l’histoire du royaume

À Warankpe, le souverain se recueille auprès d’une pierre sacrée où, selon la tradition, les anciens souverains venaient prier lorsque le royaume traversait des périodes difficiles.

À Dakiru, il rend hommage à Sero Betete, présenté comme le seul roi de la dynastie Tosu ayant régné sur Nikki, ainsi qu’à sa sœur Bake Duwe.

Puis vient Ba᷉tiaru, où le Sina Boko se prosterne sur la tombe de Faru Yerima. Fils aîné de Sime Dobidia, ce prince qui n’a jamais régné est présenté comme une figure importante des luttes de conquête ayant contribué à la construction de l’Empire de Nikki.

Chaque halte semble ainsi ouvrir une page différente de l’histoire royale.

De Da᷉ri à Ba᷉kpilu, la mémoire des souverains

À l’ancien palais de Da᷉ri, où reposent des princes et des rois de la dynastie Dafiaru, le Sina Boko s’incline devant ses prédécesseurs et accomplit le geste rituel de versement de l’eau sacrée dans un cercle de pierres.

À Ba᷉kpilu, il se recueille sur la tombe de Kpegunu Kabawuko, présenté comme le monarque grâce auquel le royaume aurait pu renaître de ses cendres.

Le parcours s’achève par l’ancien palais de Gourou, où le souverain salue également la mémoire de ses prédécesseurs.

Le retour au palais : purification et allégeance

Après plusieurs heures de parcours, le Sina Boko regagne finalement le palais royal. Son passage devant les tambours sacrés ouvre une nouvelle séquence du rituel.

Avant cette étape, les pieds, les mains et le visage du souverain sont lavés. Ce rite purificatoire symbolise son retour après le passage dans les différents lieux de mémoire.

Le représentant du souverain s’est retrouvé ensuite devant les tambours sacrés, pour confirmer son retour en bonne santé. Cette séquence marque également son entrée dans une nouvelle phase de la cérémonie, consacrée notamment aux allégeances des dynasties, princes et princesses du royaume.

Quand la marche devient mémoire

À Nikki, le Sɔniru ne raconte pas seulement le déplacement annuel d’un souverain. Il matérialise une relation entre un homme, une dynastie, un territoire et une mémoire collective.

Sur douze kilomètres, le Sina Boko traverse des lieux où se croisent récits de guerre, héritages religieux, tombes royales, sites sacrés et souvenirs des anciens souverains.

La deuxième journée de la Gaani transforme ainsi la ville en un vaste livre d’histoire à ciel ouvert. Chaque halte en constitue une page, chaque geste un rappel et chaque pas du souverain, une manière de transmettre aux générations présentes une mémoire héritée de celles qui les ont précédées.

Fayçal DRAMANE

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