Dans de nombreuses familles africaines, les enfants grandissent dans un environnement où plusieurs langues se côtoient au quotidien. Mais parler plusieurs langues à son enfant est-il une bonne ou une mauvaise idée ?
Une langue peut être utilisée à la maison, une autre dans le quartier ou avec les proches, tandis que le français ou une autre langue est appris à l’école. Cette réalité soulève parfois des interrogations chez les parents, notamment sur les éventuelles conséquences du multilinguisme sur le développement du langage.
Dans l’émission « Les maternelles d’Afrique », diffusée sur TV5MONDE, M. Aboubakar, orthophoniste, apporte des éléments de réponse. Pour le spécialiste, le fait d’exposer un enfant à plusieurs langues n’est pas, en soi, un problème. Les enfants disposent d’une importante capacité d’adaptation et sont capables d’apprendre plusieurs langues dès leur plus jeune âge.
Le bilinguisme ou le multilinguisme peut même constituer une véritable capacité pour l’enfant. Être régulièrement exposé à différentes langues lui permet de développer sa compréhension de plusieurs systèmes linguistiques et de s’adapter à différents environnements de communication.
Lorsque les langues sont mal structurées
Toutefois, cette capacité ne signifie pas que toutes les situations se valent. Selon l’orthophoniste, les difficultés peuvent apparaître lorsque l’environnement linguistique de l’enfant manque de repères, particulièrement chez les enfants qui rencontrent déjà des difficultés dans l’acquisition du langage.
« Les enfants qui ont une difficulté de parler une seule langue et qui seront en face encore d’une seconde langue, ces enfants seront un peu perturbés », explique-t-il.
Pour éviter cette situation, le spécialiste insiste sur l’importance de structurer l’utilisation des langues. Les parents peuvent notamment établir des repères clairs afin que l’enfant puisse identifier les langues parlées dans son environnement et comprendre dans quelles situations elles sont utilisées.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de supprimer les langues parlées à la maison. Il s’agit plutôt de permettre à l’enfant de disposer d’un cadre linguistique cohérent. Un parent peut, par exemple, privilégier une langue dans les échanges familiaux tandis qu’une autre sera davantage utilisée dans le cadre scolaire ou social.
Un cadre harmonisé pour mieux apprendre
Pour M. Aboubakar, les enfants ont une bonne capacité d’adaptation. Ils peuvent comprendre qu’une langue est utilisée dans un contexte donné et qu’une autre l’est ailleurs. Mais lorsque les repères deviennent trop flous, l’enfant peut avoir davantage de difficultés à se situer.
« Une fois que le bilinguisme est harmonisé, ça devient des capacités, des avantages pour l’enfant. Mais une fois que ce n’est pas harmonisé, ça devient un frein pour l’enfant », résume l’orthophoniste.
Ainsi, le débat ne devrait pas simplement porter sur le nombre de langues auxquelles l’enfant est exposé. La véritable question est celle de l’organisation de cet environnement linguistique. Plusieurs langues peuvent parfaitement cohabiter dans le quotidien d’un enfant, à condition que leur utilisation soit suffisamment claire et adaptée à ses capacités.
Dans les familles où plusieurs langues sont parlées, les parents sont donc invités à rester attentifs au développement du langage de leur enfant et à rechercher un accompagnement spécialisé lorsqu’ils constatent des difficultés persistantes.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE



