Face à l’accélération du changement climatique et à la pression démographique, les six États membres de l’Autorité du Bassin de la Volta (ABV) se sont retrouvés du 18 au 20 août 2026 à Cotonou pour un atelier régional. L’objectif de cette rencontre qui mobilise une quarantaine de hauts responsables, de climatologues et de décideurs politiques est d’’harmoniser la gestion transfrontalière de l’eau grâce aux technologies de pointe.
Partagé entre le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Togo, le bassin de la Volta fait face à une crise multifactorielle. L’Analyse Diagnostic Transfrontalière (ADT), validée en amont, a dressé un bilan alarmant: perturbation des flux saisonniers, déforestation massive, baisse de la qualité de l’eau et érosion côtière sévère en aval.
À ces dégradations environnementales s’ajoutent des facteurs anthropiques lourds. Il s’agit de l’explosion démographique, la pauvreté rurale et l’absence prolongée d’outils législatifs coordonnés à l’échelle régionale qui ont longtemps paralysé une action publique efficace.
C’est pour inverser cette tendance que le projet REWarD-Volta (Inverser les tendances de la Dégradation des Écosystèmes et des ressources en eaux dans le Bassin de la Volta), financé par le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) et mis en œuvre par le PNUE et l’UICN, est mise en œuvre.
L’enjeu central de cette rencontre de trois jours repose sur le transfert de compétences et l’appropriation par les experts nationaux, de deux innovations majeures développées par le centre spécialisé PNUE-DHI. Dans un premier temps, il s’agit de l’Outil d’Aide à la Décision (OAD) permettant de planifier à l’horizon de plusieurs décennies. C’est un outil capable de simuler des scénarios futurs complexes. L’OAD convertit ces données en indicateurs hydrologiques, économiques et sociaux clairs. Il jette un pont entre la science et la décision politique, permettant aux planificateurs d’évaluer les investissements prioritaires à long terme. Le deuxième outil est le Système d’Alerte Précoce à la Sécheresse (SAPS) destiné à protéger l’immédiat. Si l’OAD gère le long terme, le SAPS est l’arme du court terme. Déployé et testé au sein de six sites pilotes à travers les pays membres, ce système suit en temps réel les indices de stress hydrique. Son but est de fournir des prévisions saisonnières et des bulletins d’alerte précis pour empêcher les mauvaises récoltes et sécuriser l’élevage. Pour maximiser son efficacité, le SAPS s’appuie sur les canaux de communication locaux existants pour diffuser l’information directement aux communautés vulnérables (agriculteurs, bergers).
A l’ouverture des travaux, le Secrétaire Exécutif du GWP-AO, Amadou Lamine Ndiaye, a rappelé que « les changements climatiques ne sont plus de perspectives lointaines, c’est une réalité tangible qui redessine le régime hydrologique du bassin ». Il a ajouté que « face à ces situations de bouleversement climatique, de cycles agricoles, de réductions de la disponibilité de l’eau et des menaces sur la sécurité alimentaire de nos pays, il est impératif de doter les acteurs du bassin d’instruments fiables pour anticiper et décider »
De ce point de vue, soutient-il, l’atelier de Cotonou répond à un impératif de solidarité régionale. Car, l’eau ne connaît pas de frontières politiques. Pour le Secrétaire Exécutif du GWP-AO, les instruments d’anticipation et de décision sont l’objet du travail réalisé et qui permettront d’anticiper les périodes de stress, d’orienter les décisions de planification et de gestion des ressources amènes, de renforcer la résilience des populations face aux chocs climatiques ». Pour terminer, il a réaffirmé l’engagement du GWP-AO à demeurer aux côtés de l’ABV, de ses états membres, des partenaires comme PNUE-DHI, FEM, l’UICN pour faire de la Gestion intégrée des ressources en eau, une réalité afin de renforcer la résilience climatique des populations du bassin de la Volta et au-delà de l’Afrique de l’Ouest.
Pour le Directeur Exécutif Adjoint de l’ABV, Dibi Millogo, « une sécheresse ou une inondation qui nous surprend, peut être une catastrophe, une crise humanitaire, économique et écologique ». Il a indiqué que le projet REwarD, en organisant cet atelier, franchit en ce moment une étape importante. Celle de faciliter l’appropriation des outils d’aide à la décision et surtout d’éclairer des choix de développement. « Le système d’alerte précoce doit faire des données scientifiques, des informations facilement exploitables, compréhensibles et utilisables par les autorités locales, les usagers, les agriculteurs, les éleveurs, mais aussi les communautés vulnérables », a-t-il soutenu.
En ouvrant officiellement les travaux, Le représentant du Directeur général de l’eau (DGeau) du Bénin, Eleuthère Batia, a souligné que « les changements climatiques rendent aujourd’hui nos territoires plus vulnérables aux événements extrêmes ». En reconnaissant que l’enjeu de l’atelier est majeur, il a signalé qu’il n’est pas seulement destiné à présenter ou améliorer un outil technique, mais à réfléchir collectivement à la manière de construire un système fiable, réactif, accessible et opérationnel, capable de contribuer efficacement à la protection des populations et des biens.
Alain TOSSOUNON (Coll.)



