L’acte majeur de la célébration de la 16e Journée nationale du patrimoine culturel immatériel, la 20e édition de la Nuit des contes, a marqué les esprits à l’Espace Culturel Le Centre, sis à Abomey-Calavi, vendredi 14 août 2026. Pour cette édition bilan, l’Association Mémoires d’Afrique a fait revivre les contes, au bonheur des nombreux spectateurs.

Pendant plusieurs heures, conteurs professionnels et amateurs passent devant le public, bien introduits par le trio magique de la radio Capp FM, Dah Houawé, Alloba Dur et Nan Gnimassoun. A l’Espace Culturel Le Centre, dans la soirée de ce 14 août 2026, le temps s’est arrêté sur des récits, contes et légendes du Bénin, racontés avec maestria, emphase et humour pour captiver l’attention des nombreux enfants, jeunes et adultes qui n’ont pas voulu se faire conter cette, Journée nationale du patrimoine culturel immatériel. Fidèle Anato le Baobab, Oulla Guibohé Princesse alias Tata Princesse, Ronnie Mèdégan, José Vinawamon, Essonoussè Kponhento, Charelle Hounvo, Giscard Dah-Fonton, Jean-Louis Kedagni, Carlos Adékambi, ils sont nombreux ces conteurs à défiler devant un public acquis à la cause et complètement sous le charme des histoires parfois drôles, parfois terrifiantes mais toujours accompagnés d’enseignements. Les conteurs ont fait de cette 20e édition de la Nuit des contes un événement majeur et le public répondait en les accompagnant en chants et slogans. Une belle harmonie entre animateurs, conteurs et public jusqu’au bout de la nuit.

Ils ont dit…

Anselme Pascal Aguéhoundé, Sg/Mémoires d’Afrique 

« La Nuit des Contes est née de Mémoires d’Afrique Bénin qui est une association portée par le père Israël Messan. C’était en 1998 que tout a commencé et l’objectif c’était de réunir, de collecter et de transmettre ces contes-là qui aujourd’hui malheureusement ne sont plus vécus comme cela était il y a beaucoup d’années. Pour le faire, le père Israël Messan a dû engager une vaste campagne de réunification et de collecte de contes dès l’année 2001, où nous avons collecté près de 1500 contes. Ces contes ont été ensuite répartis à travers trois ouvrages que nous avons sortis en 2005, 2006 et 2012 pour permettre la transmission des contes. Mais à un moment donné, le père Israël s’est dit, on ne va pas simplement laisser les contes dans les livres parce qu’aujourd’hui les gens ne lisent pas forcément. Il faut ces genres de soirées-là qui font revivre encore les contes. Et c’est là qu’est née l’initiative de la Nuit des Contes et nous en sommes à la 20e édition. Depuis près de 20 ans, dans chaque département de notre pays, dans une commune tout au moins, ou parfois dans trois communes par département, se déroule la Nuit des Contes, une nuit pendant laquelle les conteurs professionnels viennent déclamer, les conteurs amateurs viennent également dire ce qu’ils savent des contes, mais plus encore, les populations elles-mêmes viennent participer à cette fête culturelle. Chaque 14 août, nous voulons que cette fête-là soit partagée sur l’étendue du territoire. Que nous puissions nous retrouver comme à l’ancienne, à la belle étoile, déclamer, nous éduquer à travers les contes, revivre ce comportement culturel. L’objectif, c’est faire en sorte que le patrimoine culturel immatériel, notamment les contes, puisse continuer à vivre dans nos mémoires, continuer à servir, à instruire des générations. Comme vous le savez, à la fin de chaque conte, il y a une leçon qu’on garde. Et c’est cette leçon qui est, je dirais, ce qui permet à l’enfant de comprendre les règles de la vie. Et de mieux se comporter face aux difficultés. Après 20 ans de parcours, Mémoire d’Afrique pense à comment faire pour que le conte aille également rejoindre la population dans sa nouvelle manière de vivre. Aujourd’hui, il y a le smartphone, il y a la digitalisation. Comment faire également pour que nous puissions nous servir de ces moyens-là, pour que le conte aille rejoindre les familles, les personnes qui sont sur les réseaux sociaux. Que tous, nous puissions nous réconcilier avec les valeurs qu’ils nous portent. Car, comme le dit souvent le père lui-même, mieux on se connaît, mieux on peut s’ouvrir à l’autre. Si vous ne vous connaissez pas, si vous n’êtes pas fiers de vos réalités culturelles, vous ne pouvez pas aller à la rencontre de l’autre. Et dialoguer dans un dialogue sincère qui permet à chaque peuple d’évoluer ».

Paola Holy, spectatrice

« Je suis Allemande. Le conte est un genre très réputé en Afrique. J’ai très bien apprécié cet événement. Ça m’a permis de connaître quelques contes africains. J’ai bien apprécié, malgré le fait que je ne comprends pas le français et d’autres langues locales. J’ai seulement compris les contes qui étaient racontés en français, mais je trouve l’initiative de présenter en langue locale très bien.  J’ai retenu que le conte sert surtout aussi pour l’apprentissage des enfants, sur comment se comporter, comment faire attention à ce que les parents donnent comme conseils ».

Ronnie Mèdégan, conteur, marionnettiste

« Cette initiative est d’une grande portée, parce que dire des contes au profit des spectateurs, c’est d’une importance capitale. Face aux questions qu’il y a dans nos sociétés aujourd’hui, face à la panne civique et morale, il est important qu’on mette les contes au goût du jour, il faudrait qu’on l’intensifie partout dans notre pays »

Jean-Louis Kédagny, artiste, comédien, conteur

« Le conte, c’est une tradition orale. Ça veut dire que ça se passe depuis des générations, depuis même avant notre naissance jusqu’à aujourd’hui. Les Blancs, ils ont eu à avoir la bibliothèque et tout, mais en Afrique, notre bibliothèque, c’est à travers le conte. C’est à travers le conte nos parents essaient de passer des messages. Donc si aujourd’hui, avec l’IA qui est venu, les jeunes aujourd’hui ne veulent même plus aller à la bibliothèque. Donc à travers le conte, on peut toujours enseigner. Vous avez vu ce soir, les enfants étaient là. Quand on a presté, les enfants recevaient des choses. Il y a des messages qui passaient et ça les intéresse plus que quand c’est des films chinois ».

Dieudonné Kougblénou, Ambassadeur Mémoire d’Afrique

« Je suis ambassadeur de Mémoires d’Afrique à Malanville. C’est une association qui met en lumière nos valeurs culturelles. Et les contes font partie intégrante de la culture africaine et celle béninoise en particulier. C’est pourquoi, il faudrait que nous revalorisions cela. Ça se perd de jour en jour. Mais il faut des gens comme le père Israël et toute son équipe pour aider à connaître les contes de chez nous parce que c’est une véritable école qui existait déjà en Afrique avant les colonisateurs. On apprenait le pardon, la tolérance, la force de travailler, le goût du bien. Mais ça a commencé par s’étioler. Et si on ne fait rien, ça va disparaître complètement. C’est pourquoi, en tant qu’acteur culturel, j’ai été repéré pour valoriser la chose. Cette année, c’est seulement à Malanville ça se passe dans le nord. Et nous le faisons dans toutes les langues. Ce qui me réjouit surtout, ce sont les tout-petits qui s’intéressent à la chose. Et chaque année, la joie est grande parce que les enfants qui ont l’habitude de conter disent je me suis rapproché de mes parents, ils m’ont donné de nouveaux contes. Moi aussi, je vais donner ça cette année. Et c’est formidable. Et quand vous entendez ces contes en langues dendi, german, haoussa et autres, vous êtes sidéré ».

Bertrand HOUANHO

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