L’École de Formation Médico-Sociale (Efms) de Parakou a abrité, ce lundi 17 août 2026, le lancement officiel de la 5e édition des colonies de vacances de l’association Les Championnes. Deux cents jeunes filles issues de l’Alibori, de l’Atacora, du Borgou, des Collines et de la Donga prendront part, du 17 au 22 août, à ce camp placé sous le thème : « Renforcer le leadership de 200 filles pour promouvoir l’égalité et l’éducation inclusive pour la paix et la résilience des communautés et écoles du nord et du centre Bénin ». La cérémonie a réuni les préfets des cinq départements concernés, le ministre des Enseignements maternel et primaire du Bénin, Armand Kuyema Natta, des élus locaux, les directeurs départementaux des Affaires sociales et les représentants des partenaires techniques et financiers, des autorités religieuses et d’autres personnalités.

C’est le préfet du Borgou, Abdoul-Chakour Assouma, qui a procédé au lancement officiel de cette cinquième édition. Dans son discours de lancement, il a inscrit l’initiative dans le sillage de l’Objectif de développement durable n°4 et de la Déclaration mondiale sur l’éducation pour tous, avant de saluer l’ancrage de l’événement dans les articles 8 et 26 de la Constitution béninoise, qui consacrent l’égal accès à l’éducation. « L’acte symbolique que nous posons ensemble ce matin au bénéfice de nos jeunes élèves est un signe fort entrant dans le cadre de l’accomplissement de notre devoir collectif et de notre solidarité intergénérationnelle devant l’histoire et la République tout entière », a-t-il déclaré, avant de citer Ban Ki-moon : « Toute femme instruite est une victoire sur la pauvreté. »

Prenant la parole à son tour, la préfète de la Donga, Déré Lydie M. Chabi Nah, a retracé la genèse de l’initiative. En juin 2016, à sa prise de fonction dans l’Atacora, le département comptait 492 cas de grossesses en milieu scolaire. C’est dans l’optique de mettre fin à ce phénomène que la campagne Zéro grossesse en milieu scolaire et dans les centres d’apprentissage (Zegromissa) a vu le jour avec l’appui du Fonds des Nations Unies pour la population (Unfpa), suivie en 2019 par la création des colonies de vacances, pensées pour consolider pendant les congés les acquis de l’année scolaire. « Il ne s’agit pas d’un lieu où l’on vient passer quelques jours de vacances ; c’est un espace d’émancipation », a-t-elle insisté, saluant au passage les mesures sociales du gouvernement du président Patrice Talon et plaidant pour un financement pluriannuel de l’initiative. Cette édition intègre par ailleurs un volet environnemental porté par African Parks, avec la distribution de gourdes dans le cadre d’une colonie « zéro sachet plastique ».

Des partenaires mobilisés autour d’un même engagement

Pour Grâce Doko, présidente de l’association Les Championnes, l’action s’inscrit dans la continuité de Zegromissa, née à Kouandé en 2016, et a rappelé qu’aucune communauté ne peut construire une paix durable en laissant une partie de sa population en marge de l’éducation. Quant à la marraine de cette cinquième édition, Ella Wama Mara, elle a livré un message fort sur l’égalité : « Une communauté où l’égalité n’existe pas ne connaît pas la vraie paix. Elle connaît un calme apparent qui est encore le silence des pieds des femmes. Un silence imposé n’a jamais été de la paix. »

De leur côté, les partenaires techniques et financiers ont abondé dans le même sens. Représentant du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef) Bénin, le Dr Ismaël Eric Paraïso a présenté la colonie comme bien plus qu’un espace de vacances : « un cadre d’apprentissage, d’identification, de révélation et d’engagement », rappelant que plusieurs anciennes bénéficiaires ont depuis participé au documentaire Dooué ou représenté le Bénin au Sommet des filles de Dakar. Il a exhorté les participantes à ne pas se laisser dissuader par ceux qui leur diraient que certains rêves ne sont pas faits pour les filles.

Au nom de l’Unfpa, Pierre Togbe a emprunté la métaphore des semailles : « Nous semons aujourd’hui des graines d’égalité, des graines d’éducation, des graines de paix », rappelant que l’égalité n’est pas une faveur mais un droit fondamental. De son côté, Rodrigue Dimon, représentant Plan International Bénin, a pour sa part rappelé l’accompagnement continu de son organisation depuis 2019.

Des trajectoires qui inspirent

Dans la foulée des choses, deux anciennes bénéficiaires ont témoigné de l’impact du programme. Gentille Sanga, première du Borgou au Brevet d’Etude du Premier Cycle (Bepc) 2025-2026, et Farhanath Issaka Yari, aujourd’hui titulaire d’une licence. La préfète de la Donga a également cité les parcours de deux bénéficiaires dont l’une est désormais boursière pour un master à l’Université Paris-Cité. Des trophées ont enfin été remis aux partenaires et aux préfets pour leur engagement.

Au-delà des discours et des trophées, cette cinquième édition confirme l’ancrage d’une dynamique lancée en 2019 : celle d’un espace où l’éducation des filles n’est plus présentée comme une faveur, mais comme une condition de la paix et de la résilience des communautés. Portée depuis six ans par la préfecture de la Donga et ses partenaires, la colonie de vacances des Championnes s’impose désormais comme un rendez-vous incontournable de l’agenda éducatif du Nord et du Centre-Bénin.

Reste à transformer l’élan d’une semaine en engagement durable : c’est le vœu formulé par les autorités elles-mêmes, à travers l’appel à un financement pluriannuel de l’initiative.

Kouassi Oswald SIDOL 

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