Le Sénégal a mis le pied dans le plat, en initiant une proposition de loi pour encadrer les fonds spéciaux, encore appelés fonds secrets, fonds de souveraineté ou Caisse noire. Même si la révision constitutionnelle, qui prévoit une commission parlementaire pour vérifier l’utilisation des fonds secrets, n’a pas prospéré, cela a le mérite d’ouvrir le débat sur ce à quoi servent ces fonds et s’ils sont budgétisés. 

Dans une interview accordée à Deutsche Welle (DW), le président du Front des organisations nationales contre la corruption au Bénin, Jean-Baptiste Elias, a levé un coin de voile sur les missions pour lesquelles les chefs d’Etat font recours aux fonds secrets, Caisse noire. « Les caisses noires ont pour raison d’être officielle de faire la sécurité et la protection nationale, la gestion des crises imprévues, le secret d’Etat. On finance les services de renseignement, le contre-espionnage, les opérations militaires secrètes. On rémunère les informateurs ou les négociants de liberté d’otages. On veut, par exemple, libérer des otages. Et comme il fallait donc payer les rançons, comme vous le savez bien, il faut trouver l’argent quelque part.

Eh bien, c’est dans ces caisses noires, ces fonds spéciaux, qu’on puise l’argent pour pouvoir le faire. De façon officielle. L’un des premiers Etats modernes ayant créé les caisses noires, ce que nous appelons souvent les fonds spéciaux, ce sont les Etats-Unis.

Puis après, le modèle a perduré au niveau du XIXᵉ siècle en Allemagne » a fait comprendre Jean-Baptiste Elias. Mais pas que ça. Le Président du Fonac soupçonne qu’en Afrique et ailleurs, ces fonds alimentent la corruption. « Dans beaucoup de pays, hélas, aussi bien en Afrique qu’ailleurs, dans les caisses noires on puise de l’argent pour payer un certain nombre de choses, on fait la corruption avec ça, on donne de l’argent au ministre pour éviter à ce que cet argent étant sans contrôle, il n’y a donc pas d’impôts à payer dessus… On leur donne l’argent directement, ils font ce qu’ils veulent avec. Ils ont baptisé pour la plupart du temps ces fonds comme étant ce qu’ils appellent des fonds de souveraineté. Et quand ils mettent le mot souveraineté, ils disent c’est notre souveraineté qui permet de faire ça. Ce sont des nids de corruption très clairs, il n’y a pas de doute dessus » soutient Jean-Baptiste Elias.

Pour le président du Fonac, s’il est vrai que ces fonds sont budgétisés, il n’existe aucun contrôle sur la manière dont ils sont utilisés. D’où l’importance de l’initiative prise par le Sénégal, une commission parlementaire pour vérifier l’utilisation des fonds secrets. « Si on doit pouvoir être honnête, si on doit pouvoir avancer dans le travail que nous faisons, les fonds publics doivent être toujours contrôlés, quels que soient les niveaux où on les met. Même si on veut garder le secret défense, parce qu’il y a le problème de secret défense, il y a le problème du secret financier, il y a le problème de la sauvegarde de l’Etat.

Donc ceux qui feront partie des commissions devant vérifier l’utilisation de ces fonds secrets doivent être des gens sérieux et garder éventuellement le secret. Mais ils doivent pouvoir le faire pour voir si les autorités, le président de la République, les ministres à qui on a affecté ces fonds secrets, ont fait le travail, selon les règles de l’art et qu’ils n’ont pas pris ce travail pour pouvoir financer des gens des campagnes électorales » soutient Jean-Baptiste Eias.

M.M

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