Chaque mois, le corps de la femme accomplit un phénomène naturel. Du sang coule pendant plusieurs jours, selon un mécanisme biologique complexe que la science est aujourd’hui capable d’expliquer. Mais derrière cette explication scientifique demeure, pour le croyant, quelque chose qui peut être considéré comme un mystère de Dieu : celui d’un corps organisé pour porter la vie.

Pourtant, dans certaines communautés religieuses et traditionnelles, les menstruations continuent d’être associées à l’impureté. Et cette conception peut entraîner une succession d’interdits qui dépassent largement le simple fait de ne pas fréquenter un lieu de culte.

Cinq jours de règles, trois jours supplémentaires

Dans certaines pratiques rapportées, la période d’exclusion ne s’arrête même pas lorsque le sang cesse de couler. Une femme qui a ses règles pendant cinq jours peut ainsi être considérée comme impure durant ces cinq jours, puis devoir attendre encore trois jours avant d’être à nouveau considérée comme « pure ».

Selon Tankpinou Fils, guérisseur traditionnel et faisant obédience à une religion moderne, ces pratiques existent dans certains milieux. Pendant la période menstruelle, la femme ne peut pas entrer dans l’église, s’approcher de l’autel ou participer à certains actes religieux. Et même après l’arrêt des saignements, elle doit parfois attendre encore quelques jours avant de pouvoir reprendre normalement certaines activités liées au sacré. Ainsi, cinq jours de menstruation peuvent se transformer en une semaine ou davantage de restrictions. La question est alors simple : que fait-on réellement à la femme pendant cette période ?

Du temple à la chambre conjugale

Dans certaines localités, la conception de l’impureté menstruelle dépasse également le cadre religieux. La femme menstruée peut être invitée à ne pas préparer les repas de son mari. Dans certains milieux, elle doit même quitter temporairement la chambre conjugale et rester dans un autre espace jusqu’à la fin de la période considérée comme impure.

Tankpinou Fils rapporte également que, dans certaines pratiques, la femme menstruée ne doit pas préparer pour son mari et peut être amenée à quitter la chambre conjugale pendant cette période. Le principe invoqué est toujours le même : le sang menstruel serait « impur ». La femme ne doit alors pas seulement s’éloigner de l’autel. Elle doit aussi s’éloigner de son mari, de certains espaces de la maison et de certaines tâches quotidiennes. Ce qui est un phénomène physiologique devient donc un marqueur social.

L’interdit touche aussi les objets sacrés

Dans certains systèmes de pratiques traditionnelles, les restrictions peuvent aller encore plus loin. Une femme menstruée peut être interdite d’accès à la salle d’autel. Elle peut ne pas être autorisée à toucher certains parfums, certaines plantes, certains objets ou certains produits utilisés dans les pratiques de guérison ou les cérémonies rituelles.

Selon les explications de Tankpinou Fils, une femme menstruée ne peut notamment pas toucher certains parfums, plantes ou matériaux utilisés dans les pratiques de guérison et ne peut pas entrer dans certains espaces d’autel.

Autrement dit, pendant quelques jours, son propre corps devient une frontière. Elle ne peut pas toucher. Elle ne peut pas entrer. Elle ne peut pas préparer. Elle ne peut pas s’approcher. Elle doit parfois se séparer de son conjoint. Et tout cela parce qu’elle saigne naturellement.

Mais pourquoi parler de saleté ?

C’est peut-être ici que se trouve la question la plus profonde. Pourquoi le sang menstruel est-il si souvent associé à la saleté, à la souillure ou à l’impureté ? Une femme ne choisit pas d’avoir ses règles. Elle ne les provoque pas. Elle ne les reçoit pas comme la conséquence d’une faute. Son organisme fonctionne simplement selon un cycle naturel. La menstruation n’est pas une maladie. Elle n’est pas une faute morale. Elle n’est pas un acte volontaire.

Alors, lorsqu’une société dit à une femme qu’elle est « impure » pendant ses règles, il faut se demander ce que cette parole produit dans son esprit. À force d’entendre que son sang est sale, que son corps ne peut pas approcher le sacré, qu’elle ne peut pas toucher certains objets ou qu’elle doit quitter la chambre conjugale, ne risque-t-elle pas de finir par considérer son propre corps comme quelque chose dont elle devrait avoir honte ?

Quand la religion expose l’intimité

Il existe également une autre conséquence, plus discrète mais tout aussi importante : l’exposition de la vie intime. Dans une communauté où une femme menstruée ne peut pas venir à l’église, son absence devient prévisible. Une sœur habituellement présente chaque semaine disparaît pendant plusieurs jours. Puis elle revient. Le mois suivant, elle disparaît encore.

Progressivement, son entourage peut finir par connaître son cycle menstruel sans qu’elle n’ait jamais choisi de le révéler. Pourquoi toute une communauté devrait-elle savoir qu’une femme a ses règles ? Son corps devient une information publique alors qu’il s’agit d’une réalité profondément intime.

Entre foi, tradition et dignité

Questionner ces pratiques ne signifie pas mépriser la foi ou les traditions. Les systèmes religieux et culturels ont leurs histoires, leurs textes, leurs symboles et leurs interprétations. Mais les sociétés évoluent également. Les connaissances scientifiques progressent. Et les croyants eux-mêmes peuvent être amenés à réfléchir à la manière dont certaines pratiques sont vécues aujourd’hui.

La question n’est donc peut-être pas de savoir s’il faut supprimer toute notion de sacré ou toute tradition. La question est plutôt celle-ci : comment préserver le sacré sans humilier la femme ? Comment permettre à une femme de vivre sa foi sans que ses menstruations deviennent une raison d’exclusion ?

Comment respecter les traditions sans transformer un phénomène naturel en honte ? Et surtout, comment faire en sorte qu’une femme puisse continuer à être une épouse, une mère, une croyante, une servante de Dieu et un membre à part entière de sa communauté, même lorsqu’elle a ses règles ?

Un mystère du corps, pas une faute de la femme

La science explique aujourd’hui les menstruations. Elle décrit le cycle, les hormones, l’ovulation et les mécanismes physiologiques. Mais pour celui qui croit en Dieu, expliquer un mécanisme ne retire pas nécessairement son caractère mystérieux à la vie. Chaque mois, le phénomène recommence. Le sang coule. Puis il s’arrête. Et le cycle recommence. Un mécanisme naturel, silencieux, extraordinaire.

Alors peut-être faut-il changer le regard. La femme menstruée n’est pas une femme sale. Elle n’est pas une femme coupable. Elle n’est pas une femme moins digne. Elle est simplement une femme dont le corps traverse une étape naturelle de son cycle.

Et si ce corps est, pour le croyant, une création de Dieu, alors le sang qui en coule chaque mois ne devrait peut-être pas devenir une raison pour exclure celle qui le porte. Le véritable enjeu n’est peut-être pas de savoir comment éloigner la femme menstruée du sacré, mais comment lui permettre de rester digne au milieu du sacré. Ceci est à régler.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE 

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