Vivre du lavage de motos et de véhicules peut sembler improbable. Pourtant, à Parakou, cette activité permet à de nombreux jeunes de subvenir à leurs besoins. Motos et voitures stationnées, certaines en attentes, d’autres en cours de lavage. À la découverte d’un point de mise au propre des motos et automobiles, situé au quartier Arafath de Parakou. Eau savonneuse qui ruisselle, appareils de lavage sous pression en pleine action, clients exigeants et laveurs constamment sollicités : c’est le scénario observé le mercredi 22 juillet 2026 dans ce centre de lavage et bien d’autres.

‎« Seul le vol est interdit par le roi ». Ce proverbe Yoruba garde tout son sens. Si vivre exclusivement du lavage de motos et de voitures n’est pas chose aisée, certains y parviennent malgré les difficultés.

‎Chef d’un centre de lavage situé dans le quartier Arafat, à une cinquantaine de mètres de l’Université de Parakou, Imorou Moudjaïbou estime que le plus difficile dans ce métier n’est pas le lavage lui-même, mais les exigences de certains clients. Selon lui, l’activité reste tout de même rentable et lui permet de subvenir à ses besoins. « C’est vrai que les clients ne viennent pas régulièrement mais on s’en sort. Les week-ends on gagne bien. Les difficultés sont énormes, si on doit compter on ne va pas finir. Par exemple, certains clients utilisent mal leurs motos et nous les envoient puis exigent un lavage qui peut ramener la moto à son état neuf, tout comme si on fabrique de motos ici. Nous travaillons pour d’autres et ils nous prennent comme mendiants », explique-t-il.

‎À l’endroit des jeunes qui hésitent à exercer certains métiers jugés peu valorisants, Imorou Moudjaïbou lance un appel à changer de mentalité. La vie c’est molo-molo, lance-t-il en invitant la jeunesse au travail digne. ‎Pour lui, aucun métier honnête ne détermine la réussite d’un homme sans un investissement personnel. L’essentiel réside dans le courage, la persévérance et la dignité au travail.

‎En face du CHUD Borgou-Alibori, Ibrahim Mama Kossou partage une expérience plus mitigée. Il déplore notamment les exigences de certains clients et l’irrégularité de la clientèle. « Les clients ne sont pas réguliers. Je lave la moto, le propriétaire vient dire que ce n’est pas propre et m’impose de relaver avant qu’il ne paye. D’autres me demandent de laver le bas de la moto, les endroits où ni la main, ni un outil de lavage ne peut atteindre alors qu’il y a d’autres clients qui attendent. Des fois, je réduis mon repas pour pouvoir économiser », raconte-t-il.

‎Selon lui, un employé ne peut facilement couvrir tous ses besoins grâce à cette seule activité. « Je remercie Dieu, ce n’est pas mon activité principale, je suis staffeur, le lavage est juste un job que je fais si je suis libre. Je salue ceux qui le font comme activité principale. Sinon l’homme peut s’en sortir avec le lavage sauf s’il est le propriétaire du lavage», confie-t-il.

‎Les difficultés sont encore plus perceptibles dans les centres de lavage moins équipés de machines sophistiquées. Étudiant et laveur de motos en face de la grande mosquée en construction, près du CHUD Borgou-Alibori, Hamdane Sadikou évoque les risques auxquels il est exposé de façon régulière. « Je souffre plus que ce que je gagne. Les fers me blessent trop », affirme-t-il.

‎Sur les lieux, une scène illustre la précarité de certains travailleurs. Une vendeuse de riz réclame à Hamdane le paiement d’un repas qu’il a crédité il y a quatre jours; signe des difficultés financières auxquelles il est confronté.

‎Confrontés à toute sorte de critiques, pourtant les laveurs jouent un rôle important dans l’économie informelle. Malgré les maigres revenus, des conditions de travail difficiles et des clients souvent très exigeants, ils continuent de vivre de leur activité avec courage.

‎Une meilleure organisation du secteur, notamment à travers la création d’associations professionnelles et l’instauration de règles pouvant encadrer les relations entre prestataires et clients, pourrait contribuer à l’amélioration de leurs conditions de travail et à renforcer la reconnaissance de ce métier.

 

Alawodé GBAGUIDI (Stg)

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