En instituant une soirée nationale dédiée à l’excellence et au souvenir, Romuald Wadagni crée un rendez-vous inédit. Des meilleurs élèves aux grandes figures de la culture, le Bénin s’est offert un miroir de ce qu’il a de meilleur.

 

Sous le dôme du Sofitel de Cotonou, ce 31 juillet au soir, l’atmosphère tenait autant de la fierté que de la ferveur. À la veille du soixante-sixième anniversaire de l’indépendance, le Bénin inaugurait une cérémonie qui n’avait jusqu’ici aucun équivalent : la Cérémonie du mérite et de la mémoire, voulue et instituée par le Président Romuald Wadagni pour honorer, dans un même élan, les grandes figures de l’histoire contemporaine et la jeunesse qui monte.

L’idée est simple et pourtant rare : prendre le temps, une fois l’an, de dire merci. « Il est des instants où la République doit s’arrêter pour dire une chose simple et pourtant si rare dans la bouche d’un État : merci », a lancé le chef de l’État, donnant le ton d’une soirée placée sous le signe de la gratitude. Le propos, teinté d’humour dans son ouverture, s’est vite mué en hommage.

La soirée s’est ouverte sur la jeunesse. Les premiers du CEP, du BEPC et du Baccalauréat de chaque département ont été appelés sur scène, aux côtés des ministres en charge des enseignements. Un choix hautement symbolique : faire commencer la reconnaissance nationale sur les bancs de l’école, comme pour rappeler que le mérite d’un pays se sème dès l’enfance. « Le Bénin de demain porte déjà vos noms», leur a lancé le Président, sous les applaudissements d’une salle conquise.

Puis le Bénin a rayonné. Artistes plasticiens honorés dans la séquence « Racines et Couleurs », voix de la chanson célébrées comme des « Voix éternelles » que la jeune génération reprend déjà : la culture a occupé une place de choix, saluée comme l’âme visible et sonore de la nation. Les champions du sport, les journalistes qui les accompagnent, ont à leur tour reçu les honneurs de la République, portés par une salle qui reconnaissait en eux ses ambassadeurs.

Mais la soirée a aussi su se faire grave. Lorsque les producteurs agricoles, ces « mains qui nourrissent » le pays sans jamais monter sur scène, ont été appelés, le ton a changé. « Ce soir, la scène est à vous», leur a dit le Président, dans un moment que beaucoup ont jugé parmi les plus justes de la soirée. Même émotion, plus intense encore, au moment d’honorer des compatriotes en situation de handicap, dans une séquence intitulée « Dignité et Génie Créateur », où la parole a suffi, sans effet ni emphase.

Ce dosage, entre légèreté et gravité, a frappé les esprits. « Wadagni a réussi à faire d’une remise de décorations un récit national », observe un chroniqueur culturel. De fait, la cérémonie a moins ressemblé à un protocole officiel qu’à une fresque vivante du pays, où chaque catégorie honorée disait une facette de l’identité béninoise : l’excellence scolaire, la création, l’effort sportif, le travail de la terre, la dignité face à l’adversité.

Conscient d’inaugurer une tradition, le chef de l’État a pris un engagement clair : pérenniser et améliorer le rendez-vous, année après année, jusqu’à en faire « le grand rendez-vous national du mérite ». Une ambition que saluent nombre d’observateurs, qui voient dans cette première édition une manière intelligente de fédérer, loin des clivages, autour de ce qui rassemble.

En refermant la soirée par une pensée pour les Forces de défense et de sécurité et pour les soldats tombés au front, Romuald Wadagni a rappelé que la mémoire, elle aussi, est une forme de mérite. Une manière de boucler la boucle : honorer ceux qui construisent le pays, sans jamais oublier ceux qui le protègent. À l’heure où le Bénin fêtait ses soixante-six ans, la République s’est offert un moment rare de communion et de fierté partagée.

M.M

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