L’espace culturel Windékpé, à Parakou, s’est transformé le temps d’une soirée en veillée d’antan, le mercredi 29 juillet 2026. Autour d’un feu, la quatrième édition de « L’heure du thé lunaire » a réuni jeunes, artistes et amoureux du patrimoine pour débattre, conter et raviver une culture que la modernité menace d’effacer.
Il est 21 heures. Les nattes sont soigneusement étalées autour du feu. Entre plaisanteries et slam, l’ambiance monte doucement, chaleureuse, presque intime. Ce soir, à l’espace culturel Windékpé, on ne vient pas simplement se divertir on vient interroger ce que la modernité fait à l’héritage culturel béninois. Deux questions structurent les échanges de la soirée : Les réseaux sociaux tuent-ils notre culture ? Peut-on être moderne sans trahir nos ancêtres ?
Du thé entre amis à un rendez-vous culturel
Derrière cette ambiance de veillée, une histoire toute simple. Modeste H. Akomahaou, initiateur du projet, raconte une genèse presque accidentelle « L’initiative est née du thé que nous prenons entre amis. J’avais nommé ce rendez-vous Atta Slam. » Mais le format évolue, et Atta Slam se recentre sur les seuls slameurs, laissant place à un projet plus large, directement inspiré des veillées ouest-africaines d’antan « On sait qu’avant, nos grands-parents rassemblent les enfants, les jeunes autour du feu au clair de lune pour raconter des épopées, des histoires. C’est de cette inspiration-là que je me suis lancé. » Un objectif, résumé en une phrase « Le principal objectif, c’est le partage de notre héritage, de notre culture. »
Les applaudissements, les sourires, les débats qui s’étirent bien après minuit. Tout, ce soir-là, traduit un enthousiasme rare. « Ici, nous discutons, nous débattons sur des sujets sensibles qui nous permettent de vraiment découvrir et de nous enrichir, culturellement. Notre culture générale, nos valeurs, nos traditions, nous apprenons tout ici », résume Abdou-Gafarou Idrissou, qui appelle les autorités à soutenir davantage l’initiative. « C’est une initiative que nos autorités compétentes devraient encourager à l’instar des autres événements » Josette Juste Namboni partage le même enthousiasme, et met des mots sur ce que cette soirée vient combler « C’est quelque chose d’unique qui manquait vraiment à notre jeunesse. Se retrouver au clair de la lune, se remémorer des contes et de nos cultures, revenir à la source de ce que nous étions avant toute cette modernisation. C’est vrai que pour le début, c’est un peu compliqué, mais ça promet. »
Mais l’enthousiasme du public ne suffit pas à effacer les difficultés concrètes. « Les difficultés, c’est le côté financier et aussi le problème de mobilisation des jeunes. Beaucoup de personnes optent plus pour la fête que venir écouter un message de notre propre culture », déplore Modeste H. Akomahaou un constat qui résume, à lui seul, tout le défi de ce type d’initiative ; convaincre une jeunesse plus attirée par le divertissement immédiat que par la transmission patiente d’un héritage.
Au-delà de son caractère éducatif, « L’heure du thé lunaire » ambitionne de recréer de véritables espaces d’échange intergénérationnel, là où les mutations sociales ont peu à peu fait disparaître les veillées traditionnelles. Une ambition qui, pour se pérenniser, aura besoin d’un soutien plus large, celui des partenaires, des autorités, des gardiens de la tradition, et de la population tout entière.
Alawodé GBAGUIDI (Stg)


