Le président Romuald Wadagni n’est plus seulement en tournée. Il est en mission. Depuis plusieurs semaines, le chef de l’État béninois enchaîne les capitales du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest. Dernier arrêt en date : Nouakchott, le 6 juillet 2026, où il a été reçu par le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani.

Derrière les poignées de main et les communiqués, une seule priorité : la lutte contre le terrorisme. Le Bénin a décidé de faire de la diplomatie sa première ligne de défense.

Le constat : la menace a bougé, la stratégie doit suivre

Depuis 2022, le nord-Bénin subit des incursions régulières. Dans l’Alibori et le Borgou, les attaques visent désormais des casernes, des convois et des civils. Pendant longtemps, la réponse du Bénin s’est appuyée sur deux axes : la montée en puissance de l’armée nationale et la coopération régionale via la CEDEAO.

Mais le cadre régional est aujourd’hui fissuré. Entre coups d’État, retraits et méfiance, la coordination patine. Résultat : le Bénin se retrouve à défendre une frontière de 300 km avec des voisins eux-mêmes débordés. D’où le virage. Plutôt que d’attendre un consensus régional qui tarde, Wadagni choisit la méthode bilatérale : aller chercher des alliés là où ils sont efficaces.

La nouvelle carte diplomatique du Bénin : 3 types de partenaires

L’offensive de Wadagni suit une logique géostratégique claire.

1. Les « pays remparts » : La Mauritanie
Reçu à Nouakchott le 6 juillet, le Bénin présente la Mauritanie comme un modèle de stabilité. Elle a réussi à contenir la menace sur son sol grâce à une doctrine de surveillance des frontières et de renseignement humain que Cotonou veut étudier. L’enjeu : apprendre à « tenir » sans guerre permanente.

2. Les « pays de guerre » : Le Tchad
N’Djamena n’a pas été officiellement visité, mais les discussions sont avancées. Le Tchad, c’est 20 ans d’expérience du combat contre Boko Haram et les groupes sahéliens. Pour le Bénin, l’objectif est la formation, le partage de renseignements et l’importation de doctrines de traque.

3. Les « voisins directs » : Nigeria, Niger, Burkina, Togo
Ils restent incontournables. Mais la coopération est désormais traitée au cas par cas, en dehors des grands sommets. L’idée : des accords techniques rapides plutôt que des déclarations communes.

Les 3 paris de cette offensive

La diplomatie béninoise engage trois paris majeurs :

– Le pari de la diversification : Ne plus mettre tous ses œufs dans le panier CEDEAO. Le Bénin parle aux Arabes, aux Sahéliens, aux pays du Golfe de Guinée. Il élargit son portefeuille sécuritaire.
– Le pari de l’expertise : Le Bénin n’a pas à réinventer la roue. Le Tchad sait traquer. La Mauritanie sait prévenir. Le Bénin veut gagner du temps en copiant ce qui marche.
– Le pari de l’encerclement : L’objectif final est de fermer les espaces aux groupes armés. S’ils sont chassés du Burkina, qu’ils ne trouvent pas refuge au Niger. S’ils quittent le Niger, qu’ils ne passent pas par la Mauritanie. Une stratégie d’étau diplomatique.

La guerre se gagne aussi dans les salons

Avec cette offensive, Wadagni reconnaît une vérité : la lutte contre le terrorisme ne se limite plus aux champs de bataille. Elle se joue aussi dans les aéroports, les palais et les accords de coopération. En définitive, le Bénin a compris qu’il ne gagnera pas seul. Il cherche des alliés non par défaut, mais par choix : la Mauritanie pour la stabilité, le Tchad pour l’expérience. Reste maintenant à transformer cette offensive diplomatique en baisse concrète des attaques. Car au bout du compte, seule la sécurité retrouvée dans l’Alibori validera la stratégie.

Ibrahim Yarou Djibril

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