Du 13 juin au 28 juin les artistes : Hector Sonon, Benjamin Déguénon, Remy Samuz et Marius Dansou ont ouvert les portes de leurs ateliers respectifs au public pour partager un moment de découvertes et d’échanges. A la fin de l’événement, les artistes en parlent.
Matin Libre : Votre atelier a débuté depuis le 13 juin et a pris fin le 28 du même mois. Comment est née l’initiative et quel est le concept derrière ?
Remy Samuz : L’événement s’est bien déroulé comme cela se doit. Nous avons eu pas mal de visites dans l’atelier de tout un chacun. L’objectif de cet atelier est d’accueillir et de montrer notre travail au public qui n’est pas habitué à nous visiter. Une manière de chercher à leur montrer les tracas qui se cachent derrière tout ce que nous leur proposons en termes de produit fini.
D’où est parti l’idée ?
C’est notre aîné Hector Sonon qui a fait germer l’idée et qui nous a associés, vu que nous sommes sur le même tronçon en allant vers Pahou.
Benjamin Déguénon : parlant d’idée, déjà nous sommes des artistes et autant que nous sommes, nous travaillons dans différents univers donc nous employons différents styles. Ainsi, à la suite d’une rencontre, on s’est dit qu’il y a un bon moment que nous n’avons plus l’occasion de faire quelques chose ensemble. Est-ce qu’il n’est pas temps d’initier un petit truc ? C’est comme ça qu’est partie l’idée. Alors la formule que nous avons trouvée, c’est la porte ouverte. Et puis l’autre constat, comme le disait Remy Samuz, est que nous sommes tous dans la même zone. Nos ateliers ne sont pas loin l’un de l’autre. Marius Dansou est à Gbodjè, Remy Samuz à Bazounkpa, Hector Sonon à Womey et moi-même Benjamin Déguénon, je suis à Pahou. Donc nous avons initié les portes ouvertes pour pouvoir permettre à ceux qui n’ont pas eu la chance de nous connaître de découvrir notre univers. Puisque dans nos quartiers respectifs, qu’on le veuille ou non, il y a des gens qui nous voient souvent mais qui ne savent pas ce que nous faisons ou bien nous voyant avec les dreadlocks se font leur petite idée de nous mais à notre insu. Alors les portes ouvertes sont initiées dans le but de leur permettre de venir dans notre monde pour découvrir et poser des questions afin de savoir un peu plus sur ce qu’on fait comme métier. Et puis on a ensemble donné comme titre »Artbitraire ». Nous avons donné cette dénomination au projet parce que nous voulons faire la section des choses. Nous n’avons pas une école de beaux-arts au Bénin mais nous avons de la matière. Nous avons chacun de nous notre univers notre monde et notre style de travail. Et pour permettre aux gens qui ne nous connaissent pas assez de nous connaître, il fallait mettre en place ces portes ouvertes. Nous avons donné le titre »Artbitraire » au projet pour montrer que chacun de nous dans l’univers de la création à son monde et sa manière de voir les choses.
Et bien aujourd’hui à la clôture de ces portes ouvertes, est ce que vous avez le sentiment qui les visiteurs sont comblés et qu’ils sont acquis à la cause ?
On est très content. On a eu pas mal de surprise. D’abord c’était une énorme chance pour nous d’avoir choisi la période. Ce sont les vacances. Chaque jour, il y a un ballet d’enfants qui vient nous rendre visite. Et parmi eux, il y en a qui tentent depuis longtemps de pousser leur curiosité. Mais vu que nos ateliers n’étaient pas ouverts, ils ne pouvaient pas. Mais maintenant que c’est fait, ah là franchement on a compté pas mal de visiteurs. Ils sont nombreux à passer dans les différents ateliers pour observer et poser des questions afin d’en savoir un peu plus sur ce qu’on fait. Ça a été carrément une prouesse on peut le dire. Il y a de grandes personnes de l’environnement immédiat de nos ateliers qui nous traitaient de vauriens. Mais lorsqu’ils sont venus voir ce que nous faisons comme travail, ils étaient stupéfaits. Il y a des parents qui, jusqu’à la visite des ateliers, se disaient qu’on ne travaille pas. Mais quand ils sont venus toucher du doigt la réalité, ils ont conclu par eux-mêmes. Moi-même qui vous parle, quand j’aménageais ma propre maison, lorsque j’ai commencé par envoyer mes œuvres et que les gens du quartier me voyaient, j’apprends qu’il y en a parmi eux qui disaient qu’il y a un nouveau « boconon » (prêtre de Fà ) qui s’installe dans le quartier. Il a fallu ces ateliers pour que les gens comprennent que je suis un créateur d’œuvres de l’esprit et non un « boconon ».
Alors à la fin des travaux est ce que vous avez la conviction qu’il y a parmi les visiteurs des gens qui, non seulement convaincus mais d’eux-mêmes, ont décidé soit d’aller à l’art ou d’y envoyer leurs enfants ? Parce que vous savez mieux que moi que c’est difficile pour certains parents d’accepter que les enfants empruntent ce chemin.
Remy Samuz: D’abord ce que moi j’ai essayé de faire comprendre à mes différents visiteurs, c’est que l’art c’est un questionnement. C’est une vue de l’âme. Moi c’est ce que mon âme me renvoie que je matérialise. De tous les enfants que j’ai reçus, il y en a même deux déjà qui ont commencé tellement à s’intéresser à la chose qu’ils ont eux-mêmes commencé à me voir faire et à tisser eux-mêmes les fils de fer. Donc, ils sont impactés. Il y a aussi pas mal de parents qui ont constaté que c’est très sérieux ce que nous faisons et ont commencé par manifester le désir de faire resurgir leur sens de créativité. Puisqu’entre temps ils avaient reçu l’appel comme nous autres, mais parce que les parents n’ont pas permis ou qu’eux-mêmes n’ont pas répondu convenablement, ils n’ont pas pu éclore le talent qui sommeillait en eux. C’était quand même un moment d’échange et de partage nourrissant.
C’était quatre ateliers donc quatre médiums différents. Les fils de fer pour Remy Samuz, les fers à béton pour Marius Dansou, les céramiques pour Benjamin Déguénon et le dessin pour Hector Sonon. Comment vous avez pu faire la jonction pour convaincre les populations qui vous ont visité ?
Benjamin Déguénon : Vous savez c’est vrai que chacun de nous traite dans ses œuvres de différentes matières. Mais nous avons un dénominateur commun, la création. Et dans nos créations, ce qui fait l’harmonie ce sont les sujets que nous mettons en jeu. L’humanité dans sa globalité et certaines subtilités de périphérie qui touchent également à l’homme. Nous avons réussi à faire dialoguer les différentes matières, histoire de montrer que rien n’est différent dans l’univers, que tout est en symbiose et harmonie. Quand bien même chacun est maître de sa matière et de la technique qu’il utilise, à travers cet atelier portes ouvertes, nous avons réussi à montrer aux visiteurs que le monde est uni et complémentaire.
Teddy GANDIGBE



