Le Sénat prend de plus en plus vie avec la nomination en Conseil des ministres du 1er juillet, des membres désignés par le président de la République. Sa composition pluraliste amène désormais à s’interroger sur sa capacité réelle à agir, par le biais d’un plaidoyer ou de son veto, pour la libération des détenus politiques.

Et de deux pour l’avènement du Sénat. Après le vote d’un premier budget qui instaure son installation, le Président Romuald Wadagni a déjà procédé au choix de ses lieutenants devant y siéger. Un choix qui s’ajoute ainsi aux ayant droit tels que les anciens Chefs de l’État et d’institutions.

Avec sa configuration politique qui se dégage enfin, des questionnements majeurs quant à sa contribution potentielle à la cohésion sociale et à l’union nationale peuvent surgir. En rassemblant d’anciens opposants, des figures de la mouvance présidentielle et des personnalités qualifiées de Sages, cette institution se déploie en effet dans un paysage institutionnel jusqu’ici caractérisé par des clivages marqués. Lesquels clivages sont caractérisés par l’exil ou encore l’emprisonnement de certains opposants sous le régime précédent. Désormais, l’enjeu réside dans l’aptitude de cette haute juridiction à poser des actes tangibles pour la normalisation de la vie politique.

Pour plusieurs observateurs, l’instauration d’une véritable réconciliation nationale reste conditionnée par l’ouverture des espaces d’expression et le règlement de la situation des acteurs politiques privés de liberté ou contraints au départ. Dans cette perspective, le Sénat est perçu comme un recours institutionnel de dernière instance, après le constat de l’inefficacité des démarches antérieures initiées par divers intermédiaires et opposants. Toutefois, la capacité d’action du Sénat se heurte à des verrous constitutionnels et politiques précis. Bien que l’institution dispose d’un pouvoir de contrôle et de validation du travail parlementaire, l’initiative des lois demeure une prérogative partagée entre le président de la République et l’Assemblée nationale. Sur le plan technique, la résolution définitive de la situation des exilés politiques requiert le vote d’une loi d’amnistie, un mécanisme relevant de la compétence exclusive du pouvoir législatif. Privé du droit d’initier directement une telle législation, le Sénat ne peut utiliser qu’un pouvoir d’influence indirect.

La marge de manœuvre de l’institution repose dès lors sur sa faculté d’émettre des avis, de formuler des souhaits institutionnels ou de mener des plaidoyers auprès des députés et du chef de l’État. Les dynamiques internes de la chambre haute, où siègent de grandes figures de la scène politique nationale, pourraient inciter à la formulation de telles requêtes. En clair, le Sénat est déjà vu comme la dernière carte quant à la réalisation de ce souhait de nombreux béninois. Et, ce ne sera que pour la bonne cause.

M.M

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