Face à des investisseurs de plus en plus exigeants, la mobilisation des ressources ne suffit plus. Les États africains gagneraient à faire de la démonstration des résultats, de l’appropriation citoyenne et de la gestion des connaissances de véritables leviers de crédibilité au service d’une mobilisation plus durable des ressources.

À chaque Conférence des Parties (COP), l’Afrique plaide, à juste titre, pour un accès plus important aux financements climatiques. L’urgence est réelle : selon la Banque africaine de développement, le continent aura besoin de 277 milliards de dollars américains par an d’ici 2030 pour financer son adaptation aux effets du changement climatique.

Cette priorité fait aujourd’hui largement consensus. Une autre question mérite toutefois d’être posée : dans un environnement où les investisseurs accordent une importance croissante aux résultats, à la transparence et à la redevabilité, la mobilisation de nouvelles ressources suffit-elle encore à garantir un accès durable aux financements ?

La confiance, nouveau déterminant de la mobilisation des ressources

La réponse est de plus en plus nuancée. Si les besoins de financement de l’Afrique demeurent considérables, les critères d’accès aux ressources évoluent rapidement. Dans un contexte marqué par la raréfaction des financements concessionnels, la multiplication des demandes et des contraintes budgétaires des bailleurs, les investisseurs recherchent désormais davantage que des projets à financer. Ils veulent des résultats démontrables, des données fiables et des institutions capables de rendre compte de l’utilisation des ressources mobilisées.

Cette évolution se reflète dans les approches fondées sur les résultats (Results-Based Financing), le Cadre de transparence renforcé de l’Accord de Paris ainsi que les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), qui placent désormais la démonstration des résultats au cœur des décisions de financement.

Les chiffres confirment cette réalité. Malgré une progression de près de 48 % des flux de finance climat entre les périodes 2019-2020 et 2021-2022, l’Afrique ne reçoit encore qu’environ 23 % des financements nécessaires à la mise en œuvre de ses engagements climatiques. Plus que jamais, la capacité des États à produire des impacts mesurables devient un facteur de crédibilité.

Les résultats d’un projet ne constituent donc plus seulement son aboutissement. Correctement documentés, ils deviennent un actif stratégique. Ils renforcent la confiance des investisseurs et des partenaires techniques et financiers, tout en améliorant la capacité des États à mobiliser de nouveaux financements.

Le Bénin offre, à cet égard, une illustration particulièrement éclairante de cette évolution.

Le Bénin : quand la transparence devient un levier de crédibilité

Cette évolution n’est plus seulement théorique. Elle se traduit progressivement dans les choix opérés par certains États africains qui font de la transparence et de la mesure des résultats des composantes de leur stratégie de mobilisation des ressources. Le Bénin en offre une illustration particulièrement pertinente.

En 2021, le pays est devenu le premier État africain à émettre un Eurobond dédié aux Objectifs de développement durable (ODD), mobilisant 500 millions d’euros sur les marchés internationaux. Au-delà de cette performance financière, cette opération a marqué une évolution dans la gouvernance du financement public en s’appuyant sur un cadre de financement durable assorti d’engagements en matière d’allocation des ressources et de reporting d’impact.

La publication successive des rapports d’allocation puis d’impact témoigne de cette volonté de documenter, de manière transparente, l’utilisation des ressources mobilisées et les transformations qu’elles produisent. Ces rapports répondent aux attentes des investisseurs et des partenaires techniques et financiers, tout en renforçant la crédibilité de l’action publique. L’intérêt de cette démarche dépasse toutefois le seul exercice de redevabilité. Elle montre que la démonstration des résultats peut devenir un véritable levier de confiance, susceptible de consolider les relations avec les partenaires et de renforcer durablement l’attractivité d’un pays auprès des investisseurs.

L’expérience béninoise ne constitue pas un modèle unique. Elle illustre néanmoins une évolution appelée à prendre de l’ampleur : dans un environnement où les financements sont de plus en plus compétitifs, la capacité à démontrer les impacts devient un avantage stratégique. Cette dynamique ouvre désormais une nouvelle perspective : comment faire en sorte que ces résultats ne renforcent pas seulement la confiance des investisseurs, mais également celle des citoyens ?

De la transparence à l’appropriation citoyenne

Les rapports d’allocation et d’impact constituent aujourd’hui des instruments essentiels de la gouvernance de la finance durable. Conformes aux standards internationaux, ils répondent aux attentes des investisseurs et des partenaires techniques et financiers en documentant l’utilisation des ressources mobilisées et les résultats obtenus.

Cette avancée ouvre toutefois une nouvelle opportunité. Si ces rapports renforcent la crédibilité des États sur les marchés financiers, ils pourraient également contribuer à rapprocher les citoyens des politiques publiques de développement. Car si les investisseurs financent les projets, ce sont les populations qui en vivent les effets. Elles ont donc tout intérêt à mieux comprendre l’origine des ressources mobilisées, les secteurs financés et les transformations produites dans leur quotidien.

Sans remettre en cause les dispositifs actuels de reporting, les États gagneraient à les compléter par des formats plus accessibles : rapports citoyens, infographies, tableaux de bord interactifs, capsules audiovisuelles ou plateformes numériques de suivi des investissements. L’enjeu n’est pas de simplifier la finance publique, mais de rendre les résultats plus lisibles et plus proches des citoyens.

Une telle démarche renforcerait la transparence, la redevabilité et la confiance envers les institutions publiques. Elle contribuerait également à mieux valoriser les efforts consentis pour mobiliser les ressources nécessaires au développement. Mais une gouvernance fondée sur les résultats ne peut s’arrêter à leur diffusion. Elle doit aussi permettre de préserver les connaissances produites afin d’améliorer les investissements futurs.

Faire de chaque investissement un patrimoine de connaissances

Au-delà de la transparence et de la diffusion des résultats, une autre opportunité mérite d’être davantage valorisée : celle de faire de chaque investissement un levier d’apprentissage pour l’action publique.

Les financements climatiques ne produisent pas uniquement des infrastructures, des équipements ou des services. Ils génèrent également des connaissances précieuses : innovations, méthodes de mise en œuvre, mécanismes de coordination, solutions adaptées aux réalités locales et enseignements utiles pour la conception de futurs projets.

Les principales banques de développement et agences de coopération ont progressivement intégré cette dimension dans leurs pratiques en renforçant les dispositifs de capitalisation et de partage des connaissances. Cette dynamique gagnerait à être davantage systématisée au niveau des projets financés dans les pays africains.

Au terme d’un projet, les rapports techniques et les évaluations rendent compte des résultats obtenus. Ils pourraient être utilement complétés par une démarche plus structurée de capitalisation des bonnes pratiques, des difficultés rencontrées et des leçons apprises afin d’enrichir durablement les politiques publiques. Car un investissement ne devrait pas seulement produire un impact à court terme. Il devrait également renforcer la capacité des institutions à concevoir des interventions toujours plus efficaces.

Chaque projet financé devrait ainsi laisser un héritage intellectuel aussi important que son héritage physique. C’est à cette condition que les résultats d’aujourd’hui deviendront un véritable levier de confiance et contribueront à mobiliser plus efficacement les ressources de demain.

Transformer les résultats en capital de confiance

L’Afrique continuera, à juste titre, de plaider pour un accès plus important aux financements climatiques. Au regard de l’ampleur des défis auxquels elle est confrontée, cette exigence demeure pleinement légitime.

Mais les règles de la mobilisation des ressources évoluent. Au-delà de la qualité des projets, les investisseurs accordent désormais une importance croissante à la capacité des États à démontrer les résultats obtenus, à renforcer la transparence, à valoriser les enseignements tirés de leurs expériences et à inscrire ces acquis dans une dynamique d’amélioration continue.

L’expérience du Bénin montre que cette évolution est déjà à l’œuvre. Elle ouvre des perspectives qui dépassent le seul champ de la finance climat et interrogent plus largement la manière dont les États africains peuvent renforcer leur crédibilité, leur attractivité et la confiance qu’ils inspirent. La prochaine frontière de la mobilisation des ressources ne réside donc plus uniquement dans la capacité à convaincre avant d’obtenir un financement. Elle réside aussi dans la capacité à démontrer, après sa mobilisation, les transformations qu’il a rendues possibles.

Au XXIᵉ siècle, les États ne seront plus seulement jugés sur leur capacité à mobiliser des financements. Ils le seront aussi sur leur capacité à démontrer ce que ces financements ont réellement changé. C’est à cette condition que les résultats deviendront un véritable capital de confiance au service d’un développement plus durable.

Tayon Ulrich LAVINON

Agroéconomiste et consultant en développement durable, spécialiste de la communication pour le développement, gestion des connaissances et partenariats

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