La comédienne, autrice et metteuse en scène béninoise Nathalie Bidossessi Hounvo Yèkpè a reçu vendredi 3 juillet 2025, à la résidence de l’ambassade de France à Cotonou, les insignes de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Une consécration qui vient couronner vingt-cinq ans d’une carrière dédiée à la scène, à l’écriture et à la transmission, au Bénin comme sur les scènes européennes, mais aussi au sein des institutions francophones.

Il y avait, dans l’air de ce vendredi 3 juillet à la Résidence de France à Cotonou, comme un souffle d’évidence. La République française distinguait Nathalie Bidossessi Hounvo Yèkpè en l’élevant au rang de chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Réalisateurs, comédiens, metteurs en scène, producteurs, responsables d’institutions culturelles, critiques, amis et proches : tous avaient répondu présents pour célébrer celle dont le parcours fait désormais référence. C’est une reconnaissance qui venait couronner vingt-cinq ans d’une carrière dédiée à la scène, à l’écriture et à la transmission. Celle qui a commencé sur les planches avec l’intensité de celles qui n’ont rien à perdre a traversé les frontières, porté des textes exigeants, accompagné des générations d’artistes. Elle est devenue une figure, une voix, une mémoire. Experte artistique pour l’Organisation internationale de la Francophonie au sein de la CITF, elle incarne ce pont entre les créations africaines et le monde, portant haut les couleurs du Bénin et de la Francophonie. Et ce soir-là, la France lui tendait la main.

C’est une femme de savoir que l’ambassadrice de France au Bénin, Nadège Chouat, a saluée. Titulaire d’une maîtrise en géographie et d’une licence en techniques théâtrales, Nathalie Hounvo Yèkpè a mis cette double exigence au service de la création. Comédienne, elle a traversé les scènes africaines et européennes avec une intensité rare. Autrice, elle a donné des textes sensibles et engagés comme « Course aux noces » ou « La Faiseuse d’anges ». Scénariste, directrice d’acteurs, assistante réalisatrice, elle a contribué à l’émergence d’un secteur audiovisuel dynamique. Pédagogue, elle a accompagné des générations entières, formant chaque année de nouveaux talents à l’École internationale du théâtre du Bénin. Lauréate de nombreux dispositifs d’accompagnement comme la Pépinière CITF, SENDA de la Comédie de Valence, les Écritures francophones d’ALCA Nouvelle-Aquitaine ou encore CIRCA-La Chartreuse, elle a su tisser un réseau dense de collaborations artistiques à travers le monde. « Votre parcours est d’abord celui d’une femme de savoir », a souligné l’ambassadrice, avant d’ajouter : « Par votre talent de comédienne, votre exigence d’autrice, votre regard de metteuse en scène, votre engagement de pédagogue, vous avez pleinement mérité la reconnaissance que la France vous témoigne aujourd’hui. » Elle a également rappelé que la lauréate du jour était « une alliée de longue date du service culturel de l’Ambassade de France ainsi que de l’Institut français du Bénin », saluant une artiste qui honore à la fois le Bénin, la France et la Francophonie.

Une reconnaissance mais aussi une célébration

Toutefois, vendredi dernier n’était pas un jour comme les autres. Nathalie Hounvo Yèkpè soufflait ce soir-là ses 43 bougies, ajoutant à la solennité de l’instant une touche d’intimité rare. Comme une promesse tenue à la petite fille écolière qu’elle fut. Visiblement bouleversée, la récipiendaire a d’abord eu une pensée douce pour sa fille, « qui souffre le plus de mes nombreux voyages et pour qui chaque séparation reste une déchirure ». Elle a évoqué des amis, « ses étoiles dans le ciel », avant de rendre hommage à son pays : « Mon beau Bénin, terre de résilience et de création. » Puis, s’adressant à ses pairs, elle a insisté sur la portée collective de cette distinction : « Cette médaille, elle n’est pas individuelle. Elle appartient à toute notre génération. Une génération qui ose croire en sa voix, qui ose raconter nos histoires avec notre propre regard et qui refuse de baisser les bras. » Et dans un élan de joie presque enfantine, elle a confié : « Je ne reçois pas cette médaille comme une fin, comme un couronnement, mais comme un ordre de mission : continuez à créer, continuez à transmettre, continuez à rêver. » Avant de lâcher, avec une gourmandise contagieuse : « J’ai envie de courir jusqu’à la place de l’Amazone, de grimper sur les épaules de notre géante de bronze et de hurler un mot amoureux par les cordes vocales. »

« Un bateau de papier»

Le moment le plus bouleversant de la soirée est venu de l’artiste Bardol Migan. Dans une création scénique inédite, sur un texte écrit par Gaël Hounkpatin, auteur et époux de la lauréate, il a raconté la trajectoire de Nathalie Hounvo Yèkpè, de ses premiers pas jusqu’à cette consécration internationale. Une évocation sensible qui a fait céder les dernières résistances de la récipiendaire, submergée par l’émotion. Le poème déclamé résonnait comme un écho parfait à son combat : « Mon bateau de papier lutte contre les vagues, contre les courants du système patriarcal, contre les oppressions de tout genre qui deviennent de plus en plus violentes. » Le texte évoque une capitaine fille de papier, une « capitaine aux cheveux courts et aux idées longues », qui refuse d’abandonner son navire malgré les naufrages. « Papa et maman auraient voulu voir », murmure le poème, en écho à la pensée de Nathalie Hounvo Yèkpè pour ses parents disparus dans la brume. Mais ce soir-là, la capitaine fille de papier a vu son bateau réapparaître, porté par la lumière des projecteurs et l’admiration de toute une profession. « Quand resurgit des profondeurs, sous un grand soleil, mon bateau de papier, porté sur le dos d’un dauphin », lit-on dans le texte.

Au-delà d’une récompense individuelle, cette distinction vient rappeler la vitalité de la scène artistique béninoise. Elle consacre une femme dont le parcours est devenu une source d’inspiration, mais elle envoie aussi un signal fort à toute une communauté de créateurs. Les histoires racontées depuis le Bénin trouvent désormais un écho bien au-delà de ses frontières. En recevant les insignes de chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres de France, Nathalie Hounvo Yèkpè n’a pas seulement vu son talent récompensé. Elle est devenue, plus que jamais, l’une des grandes ambassadrices de la création béninoise contemporaine. Le navire n’a pas sombré. Il a simplement changé de mer.

M.M

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