Le bilan continue de s’alourdir au Venezuela après le double séisme survenu mercredi 24 juin : le gouvernement a fait état mardi 30 juin d’au moins 1 943 morts, alors que l’ONU évoque des dizaines de milliers de disparus. Une catastrophe nationale de plus alors que le pays fait face depuis dix ans à une crise économique majeure qui a poussé des millions d’habitants à prendre la route de l’exil.
Ironie du sort, les deux séismes qui ont dévasté mercredi le pays interviennent au moment où le Venezuela semblait sur le point de connaître une timide reprise économique. Les exportations de pétrole ont bondi de 21 % au premier trimestre de cette année à 5,5 milliards de dollars, selon la banque centrale vénézuélienne. Toujours selon l’institution, en mai 2026, la hausse de l’inflation a été limitée à 6,3 %, soit son rythme de progression le plus faible depuis 19 mois.
Près de six mois après l’enlèvement de Nicolas Maduro par l’armée américaine lors d’une opération militaire sur le sol vénézuélien, les autorités de Caracas, emmenées par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, comptaient sur leur politique plus que conciliante vis-à-vis de Washington pour relancer l’économie du pays après plus de dix ans d’une crise économique majeure marquée par une inflation hors de contrôle et une dette record qui ont poussé des millions de Vénézuéliens à quitter le pays.
Des dommages évalués par l’ONU à au moins 7 milliards de dollars.
Les dommages causés par les tremblements de terre sont évalués à au moins 7 milliards de dollars (environ 6 milliards d’euros), soit 6 % du PIB du Venezuela, selon le Programme des Nations unies pour le développement. Une estimation préliminaire qui n’inclut pas les répercussions économiques à moyen terme. Selon les estimations de l’institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), les dommages pourraient aller de 10 milliards à près de 100 milliards de dollars.
D’après une première estimation basée sur les données satellitaires de la Nasa, 59 000 bâtiments se seraient effondrés dans l’ensemble du pays. Le gouvernement vénézuélien, à court d’argent, doit désormais trouver d’urgence les moyens d’organiser une intervention massive face à la catastrophe : déblayer d’énormes quantités de débris, loger les sans-abris, rétablir les services de base, reconstruire les infrastructures routières et aéroportuaires.
Seule relative bonne nouvelle : l’immense complexe de raffinage situé sur la péninsule de Paraguaná semble fonctionner normalement selon les informations du New York Times et de l’agence Reuters. Cela pourrait permettre au Venezuela de poursuivre ses exportations de pétrole, principale source de revenus du pays.
L’État vénézuélien n’est pas en mesure de financer la reconstruction.
Depuis les secousses, les annonces d’aides d’urgence se sont multipliées. Les États-Unis viennent de doubler le montant de leur aide bilatérale à 300 millions de dollars. Des sommes allouées aux ONG et aux agences onusiennes uniquement et qui ne représentent qu’une infime partie des besoins du pays.
Le département du Trésor américain a également accordé une dérogation temporaire aux sanctions contre le Venezuela afin que son gouvernement puisse effectuer des transactions financières liées à l’aide aux victimes du tremblement de terre, transactions qui seraient autrement bloquées par les États-Unis.
Reste la question, cruciale, de la capacité du Venezuela à obtenir des fonds supplémentaires auprès du FMI et d’autres bailleurs de fonds. Début juin, le Fonds monétaire international (FMI) a confirmé la poursuite des discussions avec Caracas concernant le retour progressif du pays dans le programme de suivi et d’assistance de l’institution.
Autre question centrale pour l’avenir du pays, la renégociation de la dette extérieure du Venezuela, un dossier dans lequel le FMI n’est pas encore impliqué. Il y a quelques jours, le Financial Times révélait que la dette publique vénézuélienne aurait atteint les 240 milliards de dollars, un montant deux fois supérieur aux estimations.



