Chaque saison des pluies ramène le même spectacle : des rues transformées en rivières, des véhicules immobilisés, des piétons qui pataugent, des maisons envahies par l’eau. Les inondations de Cotonou et de sa banlieue ne sont pas un phénomène nouveau, mais elles semblent s’aggraver d’année en année, malgré les efforts considérables et les investissements importants consentis par l’État dans les travaux d’assainissement depuis plusieurs années.

Ces efforts méritent d’être salués sans ambiguïté. Ils témoignent d’une volonté réelle de résoudre un problème qui affecte profondément le quotidien des Cotonois. Mais si les résultats restent partiels, c’est que les inondations résultent d’une combinaison de facteurs qu’aucun programme d’assainissement, aussi ambitieux soit-il, ne peut résoudre seul.

Des causes multiples et interdépendantes

Les travaux d’assainissement en cours contribuent paradoxalement, de façon temporaire, aux perturbations qu’ils sont censés résoudre. En modifiant les écoulements existants pendant leur exécution, ils créent des désorganisations qui amplifient les inondations durant la phase de chantier. Ce phénomène, bien connu des ingénieurs, doit être anticipé et intégré dans la planification des travaux.

Le choix et le dimensionnement des ouvrages constituent un deuxième facteur déterminant. Un réseau sous-dimensionné ne peut absorber les volumes d’eau générés par des épisodes pluvieux intenses. Or, le changement climatique accentue ces phénomènes : les pluies sont plus courtes, mais beaucoup plus violentes, rendant les infrastructures conçues il y a plusieurs décennies parfois inadaptées aux réalités actuelles.

Le troisième facteur est d’ordre urbanistique. Les voies naturelles d’écoulement des eaux de ruissellement ont progressivement été occupées par des constructions. Des habitations érigées en zones inondables, souvent sans autorisation, obstruent les passages que l’eau empruntera inévitablement lors des fortes pluies. Aucun ouvrage d’assainissement ne peut durablement compenser cette obstruction.

Enfin, le comportement de certains habitants aggrave une situation déjà difficile. Déchets ménagers et détritus jetés dans les caniveaux finissent par obstruer les ouvrages d’évacuation. Il faut le rappeler : jeter ses ordures dans un caniveau revient à contribuer à l’inondation de son propre quartier.

Repenser le choix des ouvrages

Le caniveau en béton à ciel ouvert demeure la solution la plus utilisée au Bénin. Si cette technique a longtemps fait ses preuves, elle présente aujourd’hui plusieurs limites. Les dalles de couverture se fissurent, se cassent ou s’affaissent régulièrement, créant des risques pour les usagers et facilitant l’introduction de déchets dans les ouvrages. Leur entretien nécessite des interventions lourdes, mobilisant des équipes importantes et perturbant la circulation. Ces caniveaux favorisent également la prolifération des moustiques et d’autres parasites.

À l’inverse, les canalisations enterrées en PVC ou en PEHD constituent une alternative performante. Leur surface intérieure lisse limite l’accumulation des dépôts et améliore leur capacité d’autonettoyage. Plus légères que les ouvrages en béton, elles réduisent les coûts de transport, de manutention et de pose. Leur entretien peut être réalisé rapidement à l’aide de camions hydrocureurs, sans fermeture importante des voies de circulation. Des regards équipés de dispositifs de décantation permettent en outre de retenir les déchets avant qu’ils n’atteignent le réseau principal.

Les chaussées réservoirs : une solution d’avenir pour Cotonou

Une autre technologie mérite d’être intégrée aux réflexions sur l’assainissement urbain : la chaussée réservoir. Son principe consiste à stocker temporairement les eaux de pluie dans la structure poreuse de la chaussée avant de les restituer progressivement au sol ou au réseau de drainage. La route devient ainsi un véritable outil de gestion des eaux pluviales.

Ces structures permettent de limiter les inondations en réduisant les pics de ruissellement tout en filtrant une partie des polluants. Elles présentent également l’avantage d’occuper très peu d’espace supplémentaire, puisqu’elles remplissent simultanément la fonction de fondation routière et de réservoir d’eau. Dans une ville dense comme Cotonou, où les réserves foncières sont limitées, cette solution apparaît particulièrement pertinente en complément des réseaux classiques d’assainissement.

Des solutions complémentaires indispensables

La protection des zones inondables demeure une priorité. Le respect des documents d’urbanisme, le contrôle des occupations anarchiques et, lorsque cela s’avère nécessaire, la régularisation ou la suppression des constructions implantées sur les voies naturelles d’écoulement doivent accompagner les investissements techniques.

Parallèlement, des campagnes régulières de sensibilisation doivent encourager les populations à adopter des comportements responsables en matière de gestion des déchets et d’utilisation des réseaux d’assainissement.

Des conséquences qui dépassent le simple désagrément

Les inondations ne se limitent pas à des désagréments temporaires. Elles provoquent des accidents, des chutes, des électrocutions liées aux installations immergées, perturbent fortement la circulation et paralysent les activités économiques. Commerces, entreprises et ménages subissent ainsi des pertes dont le coût global est considérable.

Le Bénin mérite un système d’assainissement à la hauteur de son dynamisme. Atteindre cet objectif suppose une approche globale associant ingénierie, urbanisme, gouvernance et civisme, conduite avec méthode et dans la durée.

Prochain sujet : Ornières et aquaplaning : quand les routes mal construites mettent des vies en danger.

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