L’Autorité du Bassin de la Volta (ABV), le GWP-Afrique de l’Ouest et les parties prenantes du bassin de la Volta ont procédé à la validation finale du projet SuGroM-VB, un programme de 45 millions de dollars destiné à sécuriser et à valoriser les nappes phréatiques au profit de plus de 10 millions de personnes.
Abidjan, le 26 juin 2026 – Les acteurs majeurs de la gestion de l’eau en Afrique de l’Ouest se sont réunis à Abidjan pour l’atelier consacré à la validation du document détaillé du projet « Gestion durable des eaux souterraines peu profondes dans le bassin de la Volta (SuGroM-VB) ». Face à l’épuisement des ressources en eau de surface et à l’intensification des sécheresses, ce programme transfrontalier vise à transformer la gestion des nappes phréatiques peu profondes dans les six pays du bassin : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Mali et le Togo.
À l’ouverture des travaux, le Professeur Auguste Kouami, représentant du ministre des Eaux et Forêts de la République de Côte d’Ivoire, s’est réjoui de la tenue de cette rencontre, qui fait suite à celle organisée en juillet 2025 à Cotonou. De son côté, le Dr Amadou Lamine Ndiaye, Secrétaire exécutif du Partenariat régional de l’eau de l’Afrique de l’Ouest (GWP-AO), a rappelé l’urgence d’agir dans un contexte marqué par une forte croissance démographique et une variabilité accrue des précipitations.
« Longtemps qualifiées de ressources invisibles, les eaux souterraines constituent pourtant la première source d’eau potable pour des dizaines de millions de personnes en Afrique de l’Ouest », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Dans le bassin de la Volta, les eaux souterraines peu profondes constituent une véritable assurance-vie pour les communautés. »
Situées à moins de 30 mètres de profondeur, ces nappes soutiennent le maraîchage de contre-saison et sécurisent l’élevage dans les zones rurales. Elles restent toutefois menacées par la surexploitation et les pollutions diffuses, faute d’un suivi adapté.
Bâtir sur des acquis solides et mobiliser les financements internationaux
Le projet SuGroM-VB s’appuie sur les travaux hydrogéologiques pionniers de l’Observatoire du Sahara et du Sahel (OSS) ainsi que sur l’expérience du Bassin Aquifère Sénégalo-Mauritanien (BASM). Doté d’un budget prévisionnel de 45 millions de dollars, il ambitionne de mobiliser les financements du prochain cycle du Fonds pour l’Environnement mondial (GEF-9) ainsi que les mécanismes de financement climatique.
Moins de conflits, plus d’emplois verts
Le projet s’articule autour de quatre axes majeurs : l’amélioration des connaissances, la protection des ressources, le déploiement d’infrastructures vertes et le renforcement d’une gouvernance inclusive.
Selon les premières analyses, une gestion concertée des eaux souterraines pourrait réduire de 20 à 30 % les coûts économiques liés aux conflits d’usage de l’eau, notamment entre agriculteurs et éleveurs transhumants. Le projet prévoit également la création de 4 000 emplois verts dans les domaines de la maintenance des infrastructures et de l’agroécologie.
Deux outils stratégiques accompagneront sa mise en œuvre : un Plan d’action Genre et un Cadre de gestion environnementale et sociale (CGES). Le premier prévoit notamment d’accorder aux femmes, qui assurent plus de 80 % de la collecte d’eau en milieu rural, au moins 50 % des places dans les formations et les comités de gestion. L’objectif est de réduire de 30 à 50 % le temps consacré quotidiennement à la corvée d’eau.
Le CGES encadrera quant à lui les travaux de recharge artificielle et de forage afin de limiter les impacts sur les sols et les écosystèmes, tout en améliorant le suivi des risques de contamination.
À l’issue des travaux, les participants ont formulé plusieurs recommandations, notamment la mise en place d’un groupe de travail chargé d’affiner le document de projet, l’adoption d’une stratégie bilatérale de mobilisation des financements et l’élaboration d’un protocole de partage des données entre les six pays.
En réunissant l’Autorité du Bassin de la Volta (ABV), le GWP-AO et les ministères des États riverains, le projet SuGroM-VB ambitionne de faire des nappes transfrontalières un modèle de coopération régionale, de justice hydrique et de diplomatie environnementale en Afrique de l’Ouest.
Alain TOSSOUNON (Envoyé spécial)



