La baisse des redevances marchandes annoncée à l’issue du Conseil des ministres de ce mercredi ne se limite pas aux grands marchés urbains de Cotonou. Elle touche également les marchés régionaux, du littoral au nord du pays, ainsi que les deux grands pôles commerciaux de Tokpa Yôyô et Tokpa Daho, cœurs battants du commerce de gros et de la logistique agroalimentaire béninoise.

Cinq marchés régionaux, une même logique d’allègement

À Pahou, Azovè, Houègbo, Glazoué et Natitingou, la redevance mensuelle passe de 7 500 à 5 000 francs CFA, soit une baisse d’un tiers pour les commerçantes de ces places régionales, souvent moins commentées dans le débat public que les marchés de la capitale économique, mais tout aussi essentielles à l’économie locale.

« Ici à Natitingou, on a l’impression, pour une fois, de ne pas être oubliées. La baisse nous concerne autant que les marchandes de Cotonou », se félicite Salamatou Yarou, vendeuse de vivriers au marché régional de Natitingou.

À Glazoué, carrefour commercial entre le sud et le centre du pays, la nouvelle est accueillie avec le même enthousiasme. « On a des charges de transport très lourdes pour amener nos produits jusqu’ici. Cette baisse de redevance, c’est de l’argent qu’on va pouvoir remettre directement dans notre activité », explique Édwige Kpadonou, grossiste en produits vivriers.

Tokpa Yôyô : jusqu’à 2 500 francs de réduction au mètre carré

Le pôle commercial de Tokpa Yôyô, référence en matière d’infrastructures marchandes modernes, bénéficie lui aussi d’un allègement substantiel. Les boutiques voient leur redevance ramenée à 8 000 francs le mètre carré, contre une réduction de 2 500 francs. Les restaurants profitent de la même baisse, avec un nouveau tarif fixé à 7 000 francs le mètre carré. Les stands, plus nombreux et plus accessibles aux petites commerçantes, voient leur redevance baisser de 2 000 francs pour s’établir à 5 000 francs le mètre carré.

« Quand on nous a construit ce marché moderne, on nous avait promis un cadre digne. Aujourd’hui, en plus du cadre, on a une redevance qui correspond enfin à ce qu’on gagne réellement », témoigne Julienne Agbodjan, tenancière d’un restaurant au sein du pôle Tokpa Yôyô.

Tokpa Daho : un allègement massif pour la chaîne agroalimentaire

C’est toutefois au pôle agroalimentaire de Tokpa Daho que la baisse se révèle la plus spectaculaire. Les entrepôts secs voient leur redevance chuter de 36 000 francs, pour s’établir à 64 000 francs. Plus impressionnant encore, les entrepôts frigorifiques, essentiels à la conservation des denrées périssables et au maintien de la chaîne du froid, bénéficient d’une réduction de 625 000 francs, ramenant leur redevance à 1 500 000 francs.

Pour les opératrices économiques qui gèrent ces infrastructures de stockage, souvent des femmes à la tête de coopératives ou de petites entreprises familiales, la mesure change directement l’équation économique. « Avec un entrepôt frigorifique, les charges fixes sont énormes. Cette baisse, c’est une bouffée d’oxygène pour toute la chaîne, depuis la productrice jusqu’à la revendeuse de Cotonou », analyse Marie-Claire Houngbo, gestionnaire d’un entrepôt frigorifique à Tokpa Daho.

Un maillage national au service du pouvoir d’achat

En couvrant à la fois les marchés urbains, les marchés régionaux et les deux grands pôles commerciaux du pays, le gouvernement affiche une volonté de traiter la question de la fiscalité marchande dans son ensemble, sans laisser de côté les territoires les plus enclavés. Cette approche globale s’inscrit dans la continuité des engagements pris par Romuald Wadagni durant sa campagne, lorsqu’il avait sillonné le pays, de Porto-Novo au Couffo, en passant par le Zou, le Mono et le nord du Bénin, pour recueillir directement les doléances des femmes marchandes.

« Le président avait dit qu’il n’oublierait aucune région. Aujourd’hui, de Natitingou à Tokpa Daho, on voit que la promesse était sincère », résume un responsable local d’association de commerçantes, sous couvert d’anonymat.

Reste à présent l’étape de la mise en œuvre. Les nouveaux tarifs entreront en vigueur dès la fin du mois de juillet, avec pour contrepartie une exigence claire de régularité dans les paiements, condition indispensable à la pérennité de ces infrastructures marchandes modernisées ces dernières années à travers tout le pays.

Un signal envoyé à l’ensemble de la chaîne commerciale

Au-delà des seules commerçantes détentrices d’un stand ou d’une boutique, la baisse des redevances aux pôles de Tokpa Yôyô et Tokpa Daho devrait également profiter, par ricochet, aux productrices agricoles et aux transporteurs qui alimentent ces infrastructures. Une charge locative allégée se traduit en effet, selon plusieurs opératrices économiques, par une pression moindre sur les prix pratiqués en bout de chaîne, jusqu’au consommateur final.

« Quand l’entrepôt coûte moins cher, on peut se permettre de garder nos produits plus longtemps sans perdre d’argent, et donc mieux négocier avec les productrices », détaille Marie-Claire Houngbo, revenant sur les effets attendus de la réforme pour l’ensemble de la filière agroalimentaire.

Le gouvernement entend, dans les prochaines semaines, engager une campagne de sensibilisation dans les marchés régionaux et les deux pôles commerciaux concernés, afin d’expliquer aux usagères à la fois le contenu de la réforme et les responsabilités qui l’accompagnent en matière de régularité des paiements auprès de l’ANAGEM.

M.M

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici