À Parakou, la surcharge des engins est une pratique courante chez les conducteurs de motos et de taxis. Pour limiter leurs dépenses en carburant, beaucoup préfèrent transporter un maximum de marchandises en un seul voyage plutôt que de multiplier les allers-retours. Ce phénomène est particulièrement observé chez les conducteurs de taxis-motos, qui transforment leurs engins, initialement conçus pour le transport de personnes, en véritables véhicules de fret.

En principe, le bon sens voudrait que les conducteurs respectent les capacités de charge de leurs véhicules afin de préserver leur sécurité ainsi que celle de leurs passagers. Toutefois, la hausse du prix du carburant, la faiblesse des tarifs de transport et la modestie de leurs revenus les poussent à surcharger leurs engins pour rentabiliser chaque trajet. Il n’est ainsi pas rare de voir des taxis-motos transportant plusieurs sacs de maïs, au point que le conducteur peine lui-même à s’installer correctement pour conduire. D’autres, notamment les motos de type Bajaj, embarquent parfois jusqu’à cinq passagers, bien au-delà de leur capacité normale.

Chez les conducteurs de véhicules, la situation est tout aussi préoccupante. En plus de remplir le coffre, certains empilent des marchandises sur le toit jusqu’à masquer presque entièrement le véhicule. Les taxis transportent simultanément des passagers et de lourdes cargaisons, augmentant considérablement leur poids total. À chaque nid-de-poule ou franchissement d’un pont, l’équilibre du véhicule est compromis, exposant le conducteur, les passagers et les autres usagers de la route à des risques d’accident parfois graves.

Interrogés sur cette pratique, plusieurs habitants reconnaissent qu’elle est avant tout dictée par des contraintes économiques. « Le temps, c’est de l’argent. S’il fait trois tours, il perd du temps et la clientèle ; donc, il préfère faire un seul voyage », explique Moumouni Chérifath. Nadiath rapporte quant à elle les propos de son conducteur : « Maman, si je fais deux tours, tout mon bénéfice part dans l’essence. Alors ils chargent beaucoup pour nous aider, mais leurs vies sont en danger. »

Les conducteurs en provenance du Nigeria ne sont pas en reste. Ils acheminent vers Parakou des pneus, des sucreries, des bidons d’essence et diverses marchandises, souvent en surcharge. Cette lourde cargaison les pousse parfois à rouler à vive allure, sans suffisamment prêter attention aux autres usagers de la route, augmentant ainsi les risques d’accidents.

Les avis des clients sont partagés. Certains comprennent les difficultés économiques des conducteurs, tandis que d’autres s’inquiètent pour leur sécurité. « S’ils ne roulent pas vite, ils n’atteindront pas leur objectif qui est de satisfaire les clients à temps », estime le boutiquier Marsemin. À l’inverse, Ben confie : « J’ai très peur pour leur vie. Un jour, en voulant éviter un trou, un conducteur est tombé et toute sa marchandise s’est retrouvée sur la chaussée. Depuis, chaque fois que j’en vois un arriver, je suis inquiet, mais je n’ai pas le choix : je dois approvisionner ma boutique. »

Les pompistes partagent également ces inquiétudes. Pour Mathieu Lomavo, une chute impliquant un transport d’essence peut avoir des conséquences dramatiques. « Si le conducteur tombe et qu’un bidon d’essence se perce, il risque de se brûler avant même l’arrivée des secours. » Il ajoute que le poids des bidons oblige souvent les conducteurs à maintenir une certaine vitesse pour conserver leur équilibre. Djamal Issifou renchérit : « Ils n’ont pas le choix, ils doivent filer, sinon ils vont trop dépenser sur la route. » Selon lui, puisque les frais de douane restent identiques, qu’ils transportent dix ou seize bidons, les conducteurs préfèrent prendre davantage de risques en maximisant leur chargement.

Si ces comportements s’expliquent par la hausse du coût du carburant, la recherche de rentabilité et la pression économique, ils mettent néanmoins gravement en danger la vie des conducteurs, des passagers et des autres usagers de la route. Aucun bénéfice ne saurait justifier une prise de risque aussi importante. La surcharge, la vitesse excessive et l’instabilité des véhicules sont autant de facteurs favorisant les accidents.

Face à cette réalité, les autorités compétentes sont appelées à renforcer les contrôles routiers et à appliquer des sanctions dissuasives contre les contrevenants. Des amendes, des retraits de permis ou encore des mises en fourrière pourraient contribuer à limiter ce phénomène. De leur côté, les conducteurs, les transporteurs et les commerçants doivent prendre conscience que la sécurité doit toujours primer sur les impératifs économiques.

À Parakou, comme dans plusieurs autres localités du Bénin, la surcharge des motos et des taxis est devenue une pratique courante. Pourtant, elle ne doit pas être considérée comme une fatalité. Entre la pression du gain et l’insuffisance des contrôles, le danger reste permanent. Il est désormais urgent d’agir collectivement afin de préserver des vies, car un chargement raisonnable et une conduite prudente demeurent les meilleures garanties d’un transport sûr et durable.

Téna Rosine SINWONGOU (Stg)

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