Au moment où l’influence européenne recule dans une partie du Sahel, la rencontre de Bruxelles éclaire une stratégie : faire de Cotonou un partenaire modèle, preuve qu’un autre dialogue reste possible entre l’Union européenne et l’Afrique de l’Ouest.

Il faut savoir lire entre les lignes des communiqués. Quand Ursula Von Der Leyen décrit le Bénin comme un partenaire clé de l’Union européenne en Afrique de l’Ouest, elle ne s’adresse pas seulement à Cotonou. Elle parle aussi, en creux, à toute une région où l’Europe a vu son influence s’effriter ces dernières années, supplantée par d’autres acteurs aux ambitions assumées.

Le contexte est connu. Du Mali au Niger en passant par le Burkina Faso, une série de ruptures politiques a éloigné plusieurs capitales sahéliennes de leurs partenaires occidentaux traditionnels. Les forces françaises ont quitté la région, les coopérations militaires se sont délitées, et de nouveaux acteurs, de Moscou à d’autres puissances émergentes, ont occupé l’espace laissé vacant. Pour Bruxelles, ce reflux impose de repenser sa présence sur le continent.

C’est dans cette recomposition que le Bénin trouve sa place. Pays stable, doté d’institutions qui fonctionnent et d’une trajectoire économique saluée par les bailleurs, il offre à l’Union ce dont elle a cruellement besoin : une réussite à montrer. Une preuve que le partenariat entre l’Europe et l’Afrique de l’Ouest n’est pas condamné, et qu’il peut même prospérer lorsqu’il repose sur la confiance mutuelle et la prévisibilité, les deux mots-clés martelés mardi.

Pour Cotonou, l’équation est tout aussi avantageuse. En se positionnant comme l’interlocuteur fiable de Bruxelles, le Bénin capte des financements, gagne en visibilité diplomatique et conforte sa stature régionale. Romuald Wadagni, héritier d’une politique d’ouverture économique méthodique, joue ici une partition qu’il maîtrise : transformer la crédibilité financière du pays en capital politique sur la scène internationale.

Mais ce jeu d’intérêts croisés n’est pas sans exigences. En faisant du Bénin une vitrine, l’Europe place aussi la barre haut. La moindre difficulté, le moindre revers sécuritaire ou la moindre tension institutionnelle prendraient, dès lors, une résonance particulière. Être un modèle, c’est accepter d’être observé, scruté, comparé. Cotonou en a conscience, qui avance avec une prudence calculée.

L’ambition affichée mardi, faire du Bénin un pôle régional de croissance durable, de connectivité et d’investissement, dépasse d’ailleurs le seul cadre national. Elle dessine le rôle d’un pays appelé à rayonner sur son voisinage, à servir de point d’ancrage à une stratégie européenne qui cherche à se reconstruire dans la sous-région. Le port de Cotonou, porte d’entrée des économies sahéliennes enclavées, est au cœur de cette équation.

Reste une question, que personne n’a posée frontalement à Bruxelles mais qui flottait dans les esprits : cette stratégie de la vitrine suffira-t-elle à inverser le reflux européen en Afrique de l’Ouest ? Rien n’est moins sûr. Les dynamiques à l’œuvre dans la région sont profondes, et un partenariat modèle, aussi exemplaire soit-il, ne saurait à lui seul recomposer un rapport de force continental.

Il n’empêche. En recevant Romuald Wadagni avec les égards réservés aux partenaires de premier plan, l’Union européenne a envoyé un message clair. Celui d’une Europe qui, plutôt que de déplorer son recul, choisit de miser sur ses succès et de les amplifier. Le pari béninois, à cet égard, est aussi un pari sur l’avenir de la relation entre les deux continents. Le meilleur est à venir, a promis la présidente Von Der Leyen. À Cotonou comme à Bruxelles, on veut désormais le croire.

M.M

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