Le public applaudit les comédiens, célèbre les metteurs en scène et retient les textes. Pourtant, derrière chaque grand spectacle se cache un artisan discret dont le travail façonne l’espace, guide le regard et donne vie à l’imaginaire : le scénographe. Connu dans le milieu culturel sous le nom de Vieux-Gombo, Jean-Yves Bagoudou est l’une des figures incontournables de la scénographie béninoise et africaine. Comédien, metteur en scène, administrateur culturel et encadreur culturel, il revient sur son parcours, sa passion pour l’espace scénique et les défis d’un métier encore méconnu au Bénin.

« Le théâtre était pour moi une nécessité »

Qui est Jean-Yves Bagoudou et comment êtes-vous arrivé au théâtre ?

On m’appelle Jean-Yves Bagoudou, mais dans le milieu culturel, beaucoup me connaissent sous le nom de Vieux-Gombo. Je suis comédien, scénographe, metteur en scène et administrateur culturel de formation. Depuis 2023, j’exerce comme encadreur culturel en discipline théâtre au CEG Bembéréké. Je suis venu au théâtre parce que c’était pour moi le seul moyen d’exister pleinement et surtout de m’exprimer véritablement.

Pourquoi avoir choisi la scénographie parmi les nombreux métiers du théâtre?

J’ai toujours eu envie de toucher à plusieurs métiers liés au théâtre, mais surtout de construire de grands décors et de donner vie aux espaces. Tout a véritablement commencé en 2012 lorsque j’ai intégré l’École Internationale de Théâtre du Bénin. J’assistais régulièrement le patriarche Alougbine Dine dans ses créations artistiques. C’est un génie. Son travail m’a profondément marqué et il a largement contribué à me convaincre de choisir la scénographie.

Quel est exactement le rôle d’un scénographe dans une création théâtrale ?

Le scénographe est le maître de l’espace. Son rôle est d’aménager l’espace de jeu afin de donner du sens à l’histoire racontée et de faciliter sa compréhension par le public. Pour cela, il travaille en étroite collaboration avec le metteur en scène, le costumier, les régisseurs son et lumière ainsi que tous les autres corps de métier impliqués dans la création.

Où puisez-vous votre inspiration lorsque vous concevez un décor ?

Ma principale source d’inspiration, c’est la nature. J’observe énormément ce qui m’entoure. Je fais attention aux moindres détails. Il n’existe pas de formule standard pour concevoir une scénographie. Tout part de l’histoire et des échanges avec le metteur en scène afin de comprendre sa vision artistique.

Peut-on dire qu’un décor raconte aussi une histoire ?

Absolument. Le décor est un personnage silencieux. Il participe à l’action dramatique, interagit parfois avec les acteurs et contribue pleinement à raconter l’histoire qui se joue sur scène.

Un métier essentiel encore sous-estimé

Quels sont les principaux défis auxquels les scénographes sont confrontés au Bénin ?

Les défis sont nombreux. Il y a d’abord le manque de moyens financiers qui limite les possibilités de création et de réalisation. Ensuite, le rôle du scénographe reste encore mal compris ou sous-estimé alors qu’il contribue fortement à la qualité artistique d’un spectacle. Enfin, les possibilités de formation professionnelle en scénographie demeurent limitées, obligeant souvent les artistes à apprendre directement sur le terrain.

Comment faites-vous lorsque les moyens sont insuffisants ?

On s’adapte. On n’obtient pas toujours le résultat rêvé, mais il faut apprendre à créer avec les moyens disponibles.

Le souvenir d’un spectacle monumental

Quel projet a le plus marqué votre carrière ?

J’ai participé à plusieurs créations importantes, mais je retiens particulièrement L’Épopée du Soleil Levant, écrite et mise en scène par Alougbine Dine. Ce spectacle réunissait près de 300 artistes sur scène. J’y ai occupé le poste de scénographe en chef aux côtés de ce grand homme de théâtre. Cette expérience reste l’une des plus marquantes de mon parcours.

Une discipline qui commence à s’imposer

La scénographie est-elle aujourd’hui mieux reconnue au Bénin ?

Pas totalement, mais les choses évoluent. Il y a quelques années encore, les scénographes étaient rarement sollicités dans les créations théâtrales. Aujourd’hui, on observe progressivement une meilleure prise en compte de notre métier.

Une vision artistique avant tout

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers vos scénographies ?

Au-delà de l’esthétique et de la beauté que je recherche dans mes créations, je transmets avant tout une vision artistique qui varie selon chaque spectacle.

Dans un univers où l’on célèbre souvent ceux qui occupent le devant de la scène, Jean-Yves Bagoudou rappelle qu’il existe aussi des artistes qui construisent les rêves dans l’ombre. À travers ses décors, ses espaces et ses créations, le scénographe béninois donne une profondeur silencieuse aux histoires racontées. Une mission qu’il résume en une phrase aussi poétique que révélatrice : « Le scénographe peint le silence de la scène pour que les histoires puissent y respirer. »

Fayçal DRAMANE

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