La phrase claque, sans ambiguïté possible. « Pas de régionalisme, pas de communautarisme. Seule la Nation compte. » En s’adressant à ses ministres conseillers réunis pour la première fois à la Présidence, Romuald Wadagni a posé un interdit aussi ancien que la vie politique du continent : celui des appartenances qui fragmentent et des loyautés qui divisent.

Un interdit posé d’emblée

Le président l’a dit clairement à ses collaborateurs. Ils ne sont pas là pour représenter une région ou une communauté, mais pour servir l’ensemble du peuple béninois. L’avertissement vise une tentation récurrente, celle de faire des fonctions d’État le prolongement d’attaches locales. Le chef de l’État y oppose une exigence d’unité, fondée sur la primauté de l’intérêt national. « Servir l’ensemble du peuple, au-delà des régions et des communautés », a-t-il formulé, érigeant cette transcendance des particularismes en règle non négociable.

Le propos s’inscrit dans une grammaire patriotique assumée. Le pays d’abord, le service à la Nation pour le bien-être de tous, partout sur l’étendue du territoire. Cette insistance sur l’universalité de l’action publique n’est pas un simple habillage. Elle répond à une réalité que connaissent toutes les démocraties jeunes, où la proximité avec une base régionale peut vite se muer en favoritisme, et la solidarité communautaire en clientélisme. En coupant court à ces logiques dès la première réunion, le président entend prévenir plutôt que guérir.

La cohésion nationale en jeu

L’enjeu touche à la cohésion même du pays. Un État perçu comme partial, qui servirait certaines régions au détriment d’autres, fragiliserait le pacte national. À l’inverse, un pouvoir qui se montre équidistant, présent sur tout le territoire et attentif à chaque communauté, consolide le sentiment d’appartenance commune. C’est ce ciment que le chef de l’État cherche à renforcer, en faisant de la neutralité républicaine une exigence imposée à ses plus proches collaborateurs.

Dans cette perspective, les ministres conseillers occupent une place singulière. Prolongement du gouvernement sur le terrain, ils sont les premiers visages de l’État auprès des populations. Leur comportement engage la crédibilité de l’ensemble. S’ils cèdent à la tentation du localisme, ils sapent le message d’unité. S’ils l’incarnent, ils en deviennent les meilleurs ambassadeurs. Le président leur a confié, en somme, une responsabilité qui dépasse la gestion des dossiers : celle de témoigner, par leur conduite, de l’impartialité de l’État.

Une discipline personnelle

Le rappel s’accompagne d’une exigence d’exemplarité. Servir au-delà des régions et des communautés suppose une discipline personnelle, une capacité à résister aux sollicitations, aux pressions et aux attentes des proches. Le chef de l’État ne l’ignore pas, lui qui lie en permanence l’unité nationale à la cohérence entre les paroles et les actes. On ne prêche pas le rassemblement en pratiquant la division.

En toile de fond se dessine une certaine idée du Bénin. Celle d’une Nation qui transcende ses composantes sans les nier, et qui fait de la diversité une richesse plutôt qu’une ligne de fracture. « Seule la Nation compte », a tranché le président. La formule, par sa radicalité, marque une volonté de placer l’intérêt général au-dessus de tout calcul.

Reste à mesurer la portée de cet engagement dans la conduite quotidienne du pouvoir. Les principes affichés en réunion se vérifient dans les nominations, les arbitrages et la répartition des ressources publiques. C’est là, dans les actes, que se jouera la crédibilité du discours. En posant l’unité comme socle, Romuald Wadagni s’est fixé une exigence dont il devra rendre compte. Car le rassemblement, plus qu’une promesse, est un test permanent, que le peuple béninois, dans sa diversité, observera de près.

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