L’arrivée de Romuald Wadagni à la présidence de la République marque, pour l’heure, une rupture de ton avec les débuts du régime Talon. Là où ce dernier avait rapidement engagé une série de réformes structurelles parfois impopulaires, son successeur semble privilégier une approche plus souple, marquée par des mesures sociales et des annonces à fort impact populaire. Toutefois…
Dès son accession au pouvoir en 2016, le Président Patrice Talon avait fait le choix de la rigueur. Réformes administratives, rationalisation des dépenses publiques, lutte contre les avantages jugés excessifs, élargissement de l’assiette fiscale : les Béninois avaient très tôt été confrontés à ce que lui-même résumait par une expression devenue célèbre : « serrer la ceinture ». L’objectif affiché était de remettre l’économie sur des bases solides et de financer les grands projets d’infrastructures.
Dix ans plus tard, le contexte semble différent. Les premières décisions associées à Romuald Wadagni donnent plutôt l’image d’un démarrage en douceur. Gratuité de certains services, annonces de mesures sociales, injections de milliards de francs Cfa dans des secteurs stratégiques : le ton est résolument plus apaisant.
Talon, tel un sacrifice
Cette différence d’approche nourrit une interrogation dans l’opinion publique : le Président Romuald Wadagni bénéficie-t-il aujourd’hui des sacrifices consentis sous Patrice Talon ? Autrement dit, le plus dur aurait-il déjà été fait ? Pour de nombreux observateurs, les réformes engagées depuis 2016 ont permis d’assainir les finances publiques, d’améliorer la mobilisation des recettes et de renforcer la crédibilité économique du Bénin auprès des Partenaires techniques et financiers. Ces acquis offriraient aujourd’hui davantage de marges de manœuvre pour mener des politiques sociales plus ambitieuses.
D’autres estiment toutefois qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. Gouverner ne se résume pas aux premiers mois d’un mandat. Les véritables défis apparaissent souvent lorsque les promesses doivent être financées durablement et que les attentes de la population se multiplient.
Une chose est certaine : entre la thérapie de choc des débuts du régime Talon et l’approche plus conciliante qui semble se dessiner autour de Wadagni, les Béninois assistent à deux styles de gouvernance différents. Reste à savoir si la douceur des premiers pas pourra s’inscrire dans la durée sans remettre en cause les équilibres économiques construits au cours de la décennie écoulée.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE



