À travers son projet de société intitulé « Plus loin, ensemble », Romuald Wadagni a placé la question du développement territorial au cœur de la campagne présidentielle du 12 avril 2026. Le nouveau chef de l’État entend rompre avec le modèle centralisé qui a longtemps caractérisé l’administration béninoise en proposant une nouvelle organisation du territoire autour de six grands pôles de développement régionaux.

Cette réforme, présentée comme l’un des axes majeurs de son programme de gouvernance, vise à adapter les politiques publiques aux réalités économiques, sociales et culturelles de chaque région du pays. Selon les documents de campagne publiés sur la plateforme officielle du candidat, les six pôles correspondent aux anciens départements du Bénin : Atlantique-Littoral, Ouémé-Plateau, Zou-Collines, Mono-Couffo, Borgou-Alibori et Atacora-Donga.

Une rupture avec le centralisme administratif

Pendant plusieurs décennies, le développement du Bénin a été fortement concentré autour de Cotonou et du Sud du pays. Cette centralisation a progressivement accentué les déséquilibres territoriaux, provoquant une forte migration interne des jeunes vers les grands centres urbains à la recherche d’opportunités économiques.

Le projet défendu par Romuald Wadagni ambitionne donc de corriger ces disparités en créant des pôles régionaux capables de porter chacun une dynamique économique propre. L’objectif affiché est clair : faire émerger des territoires compétitifs, capables de générer des emplois, d’attirer des investissements et de retenir les populations locales.

Dans cette logique, chaque pôle disposerait d’une spécialisation économique fondée sur ses ressources naturelles, sa position géographique et ses potentialités humaines.

 Atlantique-Littoral, moteur économique du pays

Le pôle Atlantique-Littoral apparaît comme la locomotive économique de cette nouvelle architecture territoriale. Avec Cotonou comme centre névralgique, cette région devrait concentrer les investissements liés à l’économie bleue, au transport maritime, au tourisme balnéaire et aux services financiers.

Le programme présidentiel prévoit notamment le renforcement de la logistique portuaire, le développement de la pêche et de l’aquaculture, ainsi que des projets de lutte contre l’érosion côtière qui menace plusieurs localités du littoral béninois.

L’ambition est également de désengorger Cotonou en développant des opportunités économiques dans les autres communes de la région grâce aux infrastructures touristiques et aux centres de formation technique.

Ouémé-Plateau et Zou-Collines : l’agro-industrie comme priorité

Dans les pôles Ouémé-Plateau et Zou-Collines, le projet mise essentiellement sur l’agriculture et la transformation industrielle des productions locales.

Lors de sa campagne dans l’Ouémé et le Plateau, Romuald Wadagni avait insisté sur la modernisation de la filière palmier à huile et sur la nécessité de créer des unités de transformation accessibles aux producteurs locaux.

Le futur président veut faire de ces territoires des hubs agro-industriels capables de transformer les matières premières sur place afin de créer davantage de valeur ajoutée et d’emplois.

Dans le Zou et les Collines, l’accent est également mis sur l’artisanat et les ateliers d’excellence destinés à valoriser les savoir-faire locaux et à les connecter aux marchés internationaux.

 Borgou-Alibori et Atacora-Donga : le Nord au cœur de la stratégie

Le Nord du pays occupe une place importante dans cette réforme territoriale. Dans le Borgou-Alibori, le programme prévoit le développement d’industries agricoles et d’infrastructures modernes afin de valoriser les grandes productions cotonnières, céréalières et pastorales.

Le gouvernement entend également réduire les inégalités entre le Nord et le Sud grâce à des investissements publics ciblés et des mécanismes d’incitation à l’investissement privé.

Dans l’Atacora-Donga, la question sécuritaire s’ajoute aux défis économiques. Cette région, confrontée à la menace terroriste dans les zones frontalières, est considérée comme stratégique pour la stabilité nationale.

Le projet présidentiel prévoit donc une approche combinant sécurité, développement économique et inclusion sociale. Le tourisme, l’agriculture, l’artisanat et la formation professionnelle figurent parmi les secteurs prioritaires.

Mono-Couffo : entre agriculture et économie côtière

Le pôle Mono-Couffo devrait quant à lui s’appuyer sur l’agriculture, la pêche et le tourisme côtier. Le programme évoque notamment le développement des activités halieutiques, de l’aquaculture et de la transformation des produits de pêche.

La stratégie des « villes et villages de splendeurs » vise aussi à renforcer l’attractivité touristique de cette région riche en patrimoine culturel et naturel.

 Une gouvernance déconcentrée

Au-delà des ambitions économiques, le projet repose sur une nouvelle gouvernance territoriale. Des agences régionales de développement devraient être créées dans chaque pôle afin de coordonner les investissements et de suivre l’exécution des projets.

Pour les promoteurs de cette réforme, cette déconcentration administrative permettrait de rapprocher les décisions des populations locales et d’améliorer l’efficacité des politiques publiques.

Reste désormais la question essentielle du financement. Car si la vision présentée durant la campagne présidentielle suscite de nombreux espoirs, sa réussite dépendra largement de la capacité de l’État à mobiliser les ressources nécessaires et à assurer une mise en œuvre cohérente sur l’ensemble du territoire national.

Thomas AZANMASSO

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