‎Après les attaques du 25 avril, les rebelles touaregs du Front de Libération de l’Azawad (FLA) ont réussi à faire abdiquer les russes d’Africa Corps qui ont quitté Kidal sans combattre. Une capitulation qui ravive les inquiétudes sur les capacités opérationnelles et logistiques des mercenaires russes à aider vraiment le Mali à gagner cette guerre. Chercheur associé à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et spécialiste de l’Afrique Thierry Vircoulon analyse les difficultés de la Russie au Mali.

Thierry Vircoulon expose une analyse sur les faiblesses militaires russes face aux touaregs et aux djihadistes.

‎Selon plusieurs médias internationaux, les insurgés ont repris plusieurs localités stratégiques dans le nord du pays, notamment Tessalit et Kidal, une ville symbolique reconquise par Bamako en novembre 2023 après plusieurs années de contrôle rebelle. Face à l’intensité des attaques, certaines positions auraient été abandonnées sans affrontement majeur par les forces maliennes et leurs partenaires russes.

‎Intervenant sur Euronews, le chercheur français Thierry Vircoulon estime que Moscou rencontre désormais de sérieuses limites dans son engagement militaire au Mali.

‎« Le problème principal de Moscou, c’est de pouvoir dégager des ressources pour les réinjecter au Mali », explique l’expert. Selon lui, malgré la dégradation de la situation sécuritaire depuis près de deux ans, la Russie n’a pas augmenté de manière significative ses effectifs dans le pays. Aujourd’hui, environ 2 000 à 2 500 combattants russes du Corps africain seraient déployés au Mali après le retrait progressif du groupe Wagner en 2025.

‎Pour Thierry Vircoulon, cette présence reste insuffisante face à la nature même du conflit. « C’est une guerre qu’ils ne peuvent pas gagner dans le fond », affirme-t-il. L’expert souligne que la Russie fait face à une guerre de guérilla particulièrement difficile dans un territoire immense, désertique et mal maîtrisé.

‎Contrairement à une guerre conventionnelle, les groupes armés évitent souvent les affrontements directs. Ils privilégient les embuscades, les attaques éclairs et la mobilité dans des zones où la connaissance du terrain joue un rôle déterminant. Or, selon l’analyste, la Russie « ne connaît pas très bien » le Mali et dispose de capacités limitées en matière de renseignement local.

‎Pour lui, même si le renforcement des capacités de frappes aériennes contre les positions rebelles reste une alternative, il ne pourrait régler le problème. Il compare cette situation à l’intervention soviétique en Afghanistan entre 1979 et 1989. À l’époque, l’URSS avait été progressivement affaiblie par une guérilla locale très mobile malgré sa supériorité militaire.

‎L’expert estime également que les groupes armés contrôlent aujourd’hui jusqu’à 70 % du territoire malien, ce qui fragilise davantage le pouvoir de Bamako.

‎Enfin, Thierry Vircoulon évoque le risque d’un effondrement rapide du régime militaire malien dans un scénario comparable à celui de la Syrie. En décembre 2024, le président syrien Bachar al-Assad avait été contraint de quitter le pouvoir après une offensive menée par le groupe de rebelles Hayat Tahrir al-Cham (HTS). Cette offensive a conduit à la chute de Damas. La Russie, principal soutien militaire du régime syrien depuis 2015, avait alors dû réorganiser rapidement le retrait d’une partie de ses forces.

‎« Si on se retrouvait dans la même situation, la Russie négocierait très rapidement la sortie de ses troupes du Mali avant que les insurgés ne prennent le pouvoir à Bamako », prévient Thierry Vircoulon.

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