Ils travaillent souvent loin des regards. Assis ou penchés sur des morceaux de cuir, les maroquiniers façonnent sacs, sandales, ceintures, portefeuilles… avec une patience presque silencieuse. Derrière chaque fabrication et couture se cache pourtant une lutte quotidienne : celle de préserver un métier ancestral dans une économie qui avance plus vite que leurs ateliers.

Sous les hangars de fortune au quartier zongo de Parakou, le cuir continue de vivre entre les mains des artisans maroquiniers. À coups d’aiguilles et de marteaux usés par le temps, ces artisans donnent naissance à des objets du quotidien qui alimentent discrètement le marché local, national et même international. Mais derrière la beauté du travail artisanal, les difficultés s’accumulent. « Avant, les clients venaient beaucoup plus pour se procurer des objets d’art et autres. Aujourd’hui, les produits importés ont pris le marché, je veux parler du similicuir, c’est plus moins cher mais ce n’est pas de qualité. Auparavant les clients venaient commander selon leur choix et exigence mais aujourd’hui c’est dommage », nous confie Awali Ibrahim représentant des artisans maroquinier rencontré à Zongo Parakou. Autour de lui, des morceaux de cuir empilés, des semelles suspendues et quelques commandes en attente témoignent d’un métier qui tente de résister malgré les réalités économiques.

La hausse du prix des matières premières reste l’un des principaux défis du secteur. Le cuir, les colles, les fils et certains accessoires proviennent des pays voisins, augmentant considérablement les coûts de production. « C’est le Niger et le Nigéria qui nous livre en matière de cuir » ajoute Garba Salissou maroquinier à zongo qui mise sur la qualité et la durabilité de leurs produits pour conserver certains clients. Il ajoute « Nos produits durent plus longtemps. Ce que nous faisons est solide mais la clientèle est difficile à maintenir à cause de la concurrence de ces produits industriels importés, vendus parfois à des prix plus accessibles que nos créations locales. »

Cette situation fragilise davantage les artisans. Pourtant, les maroquiniers de Parakou refusent d’abandonner. Ils cherchent à moderniser leurs créations, en proposant des modèles plus attractifs pour séduire une clientèle jeune malgré des ressources encore limitées. Au-delà de l’aspect économique, la maroquinerie représente aussi un héritage culturel et un savoir-faire transmis de génération en génération. Awali Ibrahim se fait clair « Je ne peux que estimer, nous sommes ici il y a plus de 50 ans. Ce travail vient de nos parents qui ont vécu ici. Nous sommes nées et avons grandi ici nous ne connaissons pas l’ailleurs, mais ce qui désole est que les gens nous considère comme les nigérians ou nigériens compte tenus de notre travail ».

Auprès de Awali Ibrahim et Garba Salissou, de jeunes apprennent encore le métier, perpétuant des techniques anciennes dans un monde dominé par la consommation rapide. Mais les maitres s’inquiètent pour l’avenir de la profession.

Malgré les difficultés, Awali Ibrahim et ses paires continuent de croire en leur métier. Il appellent à un accompagnement plus concret des autorités et des structures d’appui afin de mieux organiser le secteur, faciliter l’accès aux matières premières et promouvoir les productions locales. Car pour eux, soutenir la maroquinerie, c’est préserver une partie de l’identité artisanale et économique de la ville. « Le manque de soutien, de financement et de visibilité est aujourd’hui notre soucis majeur. La maroquinerie de Parakou est bien vieille, elle mérite une attention particulière des autorités, associations et même Ong par des projets qui la feront décoller de sa léthargie » souhaite Garba Salissou.

 

Fayçal DRAMANE

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