Une mystérieuse maladie respiratoire apparue à bord d’un navire de croisière au large du Cap-Vert place depuis plusieurs jours les autorités sanitaires internationales en état de vigilance. Le Centre Régional de Surveillance et de Contrôle des Maladies (CRSCM) de la CEDEAO a confirmé, dans une note d’information publiée le 9 mai 2026 à Abuja, qu’il s’agit d’un foyer de cas liés au virus Andes (ANDV), une forme particulièrement dangereuse de hantavirus rarement observée hors du continent américain.

Selon les informations transmises par l’Institut National de Santé Publique du Cap-Vert, le navire concerné, battant pavillon néerlandais, transportait 147 personnes de 23 nationalités différentes. Aucun ressortissant de la CEDEAO ne figurait parmi les passagers ou membres d’équipage. Les premiers symptômes auraient été signalés entre le 6 et le 28 avril 2026.

Le bilan sanitaire communiqué au 8 mai fait état de huit cas recensés, dont six confirmés en laboratoire et deux probables. Trois décès ont déjà été enregistrés, soit un taux de létalité particulièrement élevé de 37,5 %. Parmi les cas confirmés, quatre patients sont encore hospitalisés en Afrique du Sud, aux Pays-Bas et en Suisse, tandis qu’un cas probable demeure isolé sur l’île britannique de Tristan da Cunha, dans l’Atlantique Sud.

Les analyses réalisées par l’Institut national des maladies transmissibles d’Afrique du Sud, puis confirmées par l’Institut Pasteur de Dakar, ont permis d’identifier le virus Andes, une souche d’orthohantavirus connue pour provoquer le syndrome cardiopulmonaire à hantavirus (SCPH), une affection respiratoire sévère pouvant entraîner rapidement une détresse respiratoire aiguë et un choc.

Une maladie rare mais redoutable

Les hantavirus appartiennent à la famille des Hantaviridae et sont généralement transmis à l’homme par contact avec des excréments, de l’urine ou de la salive de rongeurs infectés. La contamination se fait le plus souvent par inhalation d’aérosols contaminés.

Le virus Andes présente toutefois une particularité qui inquiète les spécialistes : de rares cas de transmission interhumaine ont déjà été documentés, notamment lors de contacts étroits et prolongés. Cette capacité de transmission, inhabituelle pour les hantavirus, explique l’attention particulière portée à cet événement sanitaire.

Les symptômes observés chez les passagers touchés sont particulièrement agressifs : fièvre, troubles gastro-intestinaux, maux de tête, douleurs musculaires, suivis d’une évolution rapide vers une pneumonie sévère, une détresse respiratoire aiguë et parfois un état de choc. La période d’incubation peut varier d’une à huit semaines, compliquant davantage les opérations de surveillance épidémiologique.

Les autorités sanitaires rappellent qu’aucun traitement spécifique homologué ni vaccin n’existe actuellement contre les infections à hantavirus. La prise en charge repose essentiellement sur un diagnostic précoce et des soins intensifs adaptés afin d’améliorer les chances de survie des patients.

Risque faible pour la CEDEAO, mais vigilance renforcée

Malgré la gravité des cas enregistrés, l’Organisation mondiale de la santé considère pour l’instant que le risque demeure modéré pour les passagers et l’équipage du navire, et faible à l’échelle mondiale.

Le navire a quitté les eaux capverdiennes le 6 mai en direction des îles Canaries, en Espagne, où le débarquement des passagers est prévu. L’absence de ressortissants de la CEDEAO à bord et l’absence de transfert de cas vers les États membres conduisent les autorités régionales à estimer le risque de propagation dans l’espace communautaire comme faible.

Le CRSCM de la CEDEAO appelle néanmoins les États membres à renforcer immédiatement leurs dispositifs de préparation sanitaire. Les autorités sanitaires sont invitées à former et recycler le personnel médical à la détection et à la gestion des infections à orthhantavirus, à renforcer la surveillance épidémiologique aux frontières et aux points d’entrée, ainsi qu’à améliorer les capacités diagnostiques des laboratoires.

La communication des risques figure également parmi les priorités définies par l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé, qui insiste sur la nécessité de diffuser des informations fiables et régulières afin d’éviter toute panique ou désinformation.

Une coopération sanitaire internationale mobilisée

Face à cet épisode inhabituel, plusieurs institutions sanitaires internationales collaborent étroitement pour suivre l’évolution de la situation. Des analyses sérologiques, métagénomiques et de séquençage sont toujours en cours afin de mieux comprendre les caractéristiques exactes du foyer épidémique et les conditions de transmission observées à bord du navire.

Cette situation rappelle la vulnérabilité persistante des systèmes sanitaires mondiaux face aux zoonoses émergentes, dans un contexte où les déplacements internationaux rapides peuvent favoriser la propagation transfrontalière de maladies rares.

L’Organisation Ouest-Africaine de la Santé assure poursuivre une surveillance rapprochée de l’événement et promet de communiquer régulièrement toute évolution significative de la situation épidémiologique.

Thomas AZANMASSO

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