Dès les premières lueurs du jour, ils envahissent déjà les rues de Parakou. Casque poussiéreux, regard fatigué et moteur grondant, les conducteurs de taxi-moto, communément appelés zémidjans, sillonnent la ville dans une course permanente contre le temps, la fatigue et les difficultés économiques. Derrière chaque moto se cache une histoire de survie, de sacrifices et d’espoir fragile.

Il est à peine six heures du matin au quartier Bawé, das le troisième arrondissement de Parakou, lorsque Kinkpo Roméo démarre sa moto. Comme des centaines d’autres conducteurs, il commence sa journée avant le lever complet du soleil. Son premier client monte déjà à l’arrière. Direction quartier Touéra avec une brève escale à Zongo. « Si tu tardes le matin, tu perds beaucoup de clients. En réalité moi je suis chauffeur de gros porteur mais dès que la campagne fini je fais le zem pour sauver ma famille », lâche-t-il en accélérant dans les rues encore calmes.

Toute la journée, le rythme est infernal. Entre les klaxons, la poussière, le non-respect du feu tricolore par certains, l’excès de vitesse pour d’autres et les longues attentes sous le soleil, le travail de zémidjan ressemble parfois à un combat silencieux. Chaque client pris devient une opportunité de gagner quelques centaines de francs pour nourrir la famille, payer le carburant ou rembourser la moto souvent achetée à crédit.

« On roule toute la journée mais à la fin il n’y a presque pas grand-chose comme gain », confie Kinkpo Roméo après plusieurs heures de circulation. Selon lui, « l’augmentation du prix du carburant, les dépenses liées à l’entretien de la moto, le payement de certaines taxes réduisent considérablement les bénéfices. » À cela s’ajoutent les pannes fréquentes et parfois les clients qui négocient les tarifs jusqu’au dernier franc.

Au marché arzèkè, certains conducteurs attendent d’autres agacent les passants avant de trouver un client. Assis sur leurs motos au bord du bitume à l’affut des policiers ; ils discutent, plaisantent. Mais derrière les rires se cachent souvent l’inquiétude et la pression du quotidien. « Beaucoup pensent qu’on gagne beaucoup d’argent, mais ce n’est pas facile. Si tu tombes malade aujourd’hui, personne ne travaille à ta place », explique Kinkpo Roméo.

Le danger fait également partie intégrante du métier. Accidents, conduite imprudente, fatigue ou mauvais état des routes exposent quotidiennement les zémidjans. Certains gardent encore les cicatrices de chutes ou de collisions. Malgré cela, ils continuent de rouler, faute d’alternative. De par le passé pour plusieurs jeunes, être zémidjans était l’un des rares moyens de gagner rapidement un revenu dans un contexte marqué par le chômage mais aujourd’hui Kinkpo Roméo s’en désole «  aujourd’hui rien ne marche, dans cette corporation aujourd’hui moi je rencontre les étudiants, les professeurs, certains commerçants et autres. Ce qui fait que c’est difficile de tirer son épingle du jeu ».

À la tombée de la nuit, les motos continuent de circuler dans les rues éclairées par endroits dans la cité des koburu. Fatigué mais toujours actif, Kinkpo Roméo enchaîne encore quelques courses avant de rentrer. Son visage porte les traces d’une longue journée de travail. Pourtant, demain, le même cycle recommencera.

Dans les rues de Parakou, les zémidjans ne transportent pas seulement des passagers. Ils portent aussi les douleurs silencieuses d’une jeunesse qui lutte chaque jour pour survivre, avancer et garder l’équilibre dans une ville qui roule à toute vitesse.

Fayçal Dramane

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