Il ressemble désormais à une blessure ouverte au cœur d’un quartier oublié dans le deuxième arrondissement de Parakou. Le pont de Dama, entre eaux stagnantes, remblais effondrés, détritus accumulés et passages rongés par les crues, les habitants vivent chaque saison des pluies avec la peur au ventre.
Sous le soleil sec de la matinée, le décor paraît presque calme. Pourtant, derrière cette apparente tranquillité, le pont de Dama porte les stigmates d’un danger permanent. Les eaux brunâtres serpentent lentement entre les herbes sauvages et les déchets abandonnés occasionnant la prolifération des moustiques. Les rebords du pont, déchiquetés par les pluies successives, ressemblent à une terre qui s’effondre peu à peu sur elle-même.
À certains endroits, le sol paraît avoir été arraché par la violence des eaux. Des pans de terre glissent vers le bas comme si la rivière voulait engloutir le passage entier. Les habitants avancent avec prudence. Les motocyclistes ralentissent instinctivement. Ici, chaque pluie transforme le pont en frontière entre deux mondes : celui où l’on peut rentrer chez soi… et celui où l’on reste bloqué pendant des heures. Le quartier de Damabou vit au rythme de cette peur silencieuse.
« Dès qu’il pleut, le quartier est coupé en deux », raconte KINGBE Lazare, conducteur de bus et riverain du quartier Damabou. Selon lui, les enfants restent souvent coincés derrière le pont après les cours, incapables de traverser face à la montée brutale des eaux.
« Parfois, ils sont obligés de passer dans l’eau », confie-t-il avec inquiétude. Le constat est amer et devient fielleux en cette période où la saison pluvieuse vient à grand pas. Après une pluie, les habitants doivent parfois attendre plusieurs heures avant de pouvoir circuler normalement. « Même quand la pluie cesse, il faut parfois trois heures avant de rentrer à la maison », poursuit-il. Sur les lieux, les traces des tentatives de réparation sautent aux yeux. Tas de sable, remblais improvisés, pierres empilées à la hâte… Tout témoigne d’une population sinistrée. À chaque saison, les riverains se mobilisent pour limiter les dégâts. Mais la nature finit toujours par reprendre le dessus.
« Toute l’eau venant des alentours de Parakou descend ici avant de finir sa course dans l’Okpara », explique Gomina Issiaka. Le maçon affirme que les habitants réalisent eux-mêmes des travaux de fortune depuis plusieurs années, sans succès durable. « Avec la force de l’eau, tout est détruit à chaque pluie », déplore-t-il.
Au-delà des difficultés de circulation, c’est surtout la sécurité des populations qui inquiète. Les témoignages évoquent des scènes tragiques. Des motos emportées, des habitants piégés et même des pertes en vies humaines.
« Ce pont a déjà emporté des vies humaines », affirme Martial Houndjeton.
Selon lui, les parents vivent chaque hivernage comme une angoisse permanente, notamment pour les enfants obligés de traverser ce passage pour rejoindre l’école.
Certains habitants racontent avoir déjà passé des nuits hors de chez eux, incapables de traverser après une forte pluie.
Construit, il y a environ trente ans selon Mathieu Ekpo, le pont de Dama semble aujourd’hui dépassé par l’évolution urbaine et l’augmentation des eaux de ruissellement. Pour lui, les récents aménagements dans certaines zones de la ville auraient accentué l’écoulement des eaux vers ce point sensible. « Toute l’eau descend maintenant avec une très grande vitesse vers cette zone. Les femmes enceintes, les enfants, les travailleurs et les commerçants figurent parmi les plus exposés au danger de ce pont. », explique-t-il. Il ajoute, « ce pont constitue pourtant un passage, un axe stratégique reliant plusieurs quartiers et villages périphériques de Parakou. »
À Damabou, les habitants ne redoutent plus seulement la pluie. Ils redoutent le prochain silence après les cris autour du pont Dama. Face à l’urgence, les populations appellent les autorités communales et gouvernementales à une intervention rapide avant qu’un nouveau drame ne survienne. «Nous demandons aux autorités du pays de nous venir en aide afin que ce pont puisse enfin être réalisé durablement. » ont-t-elles dit pour finir
Fayçal DRAMANE






