Le dernier rapport de Reporters sans frontières (Rsf) positionne le Bénin au 113ᵉ rang mondial, marquant un recul certain. Si les chiffres interpellent, ils révèlent surtout l’urgence d’une mutation profonde du secteur médiatique, où les responsabilités se croisent entre nécessité de régulation étatique et impératif de professionnalisation des acteurs.

Le verdict de Rsf pour l’année 2026 résonne comme un signal d’alarme dans le paysage médiatique béninois. Avec un score s’affichant à 47,39 points, le pays chute de 21 places pour s’établir au 113ᵉ rang mondial. Ce recul, loin d’être un simple épiphénomène statistique, traduit une crise de croissance où les responsabilités, bien que distinctes, s’entremêlent. À en croire le rapport, le premier facteur de ce déclassement réside dans un durcissement manifeste de l’environnement sécuritaire pour les professionnels des médias. Le rapport 2026 met ainsi en exergue des épisodes marquants, à l’instar de l’arrestation et de l’extradition depuis la Côte d’Ivoire du journaliste Hugues Comlan Sossoukpè en juillet 2025. Un tel précédent, perçu comme un signal de fermeté extrême par l’organisation, induit une onde de choc au sein des rédactions, où l’autocensure finit par s’imposer comme un mécanisme de protection par défaut. Cette pression, selon RSF, est accentuée par la mue institutionnelle des médias publics. À cet effet, la transformation de l’Ortb en Société de radio et de télévision du Bénin (Srtb) semble s’être accompagnée, selon RSF, d’une verticalité éditoriale plus affirmée. Lorsque la validation des contenus s’opère sous l’œil vigilant de comités proches de l’exécutif, cela est perçu par Rsf comme l’essence même du pluralisme d’opinion qui s’étiole, transformant le service public en un canal de communication gouvernementale plutôt qu’en un espace de débat contradictoire. Cependant, l’analyse de Rsf ne manque pas de pointer du doigt les fragilités endogènes de la corporation. Le Bénin souffre chroniquement, d’après le rapport, de l’absence d’entreprises de presse économiquement viables. Cette précarité semble être le terreau de toutes les vulnérabilités. Ainsi, sans revenus publicitaires stables ni modèles économiques résilients, les journalistes se retrouvent exposés à la tentation du « mercénariat de plume » ou aux financements d’influence. Cette faiblesse structurelle nuit à la qualité de l’information. En quête de survie ou d’audience rapide, certains acteurs du web s’engagent sur le terrain glissant du sensationnalisme et du non-respect de la déontologie. En agissant ainsi, ils offrent, pour RSF, bien malgré eux, des leviers juridiques à l’autorité pour intervenir au nom de la lutte contre la désinformation ou la cybercriminalité.

 Une responsabilité collective

L’enjeu actuel dépasse donc la simple critique politique. En se retrouvant classé derrière des voisins tels que le Nigeria, la Guinée ou le Burkina Faso, des pays pourtant confrontés à des enjeux sécuritaires autrement plus complexes, le Bénin risque un isolement symbolique dommageable pour son rayonnement régional. Autrement dit, ce déclassement de 21 places doit être perçu comme un appel à la réflexion collective. Dans cette perspective, d’un côté, l’appareil d’État gagnerait à assouplir son cadre d’intervention pour restaurer un climat de confiance avec les acteurs critiques. De l’autre, les professionnels des médias ont le défi de se muer en véritables gestionnaires d’entreprises, capables de garantir l’indépendance de leurs rédactions. Car la liberté de la presse au Bénin ne doit pas s’éloigner d’un contrat social. Celle-ci nécessite un État garant de ces libertés et une corporation exemplaire dans sa rigueur. Cela permettra au thermomètre de la démocratie béninoise de retrouver, dès 2027, une température plus apaisée.

J.G

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