Dans une lettre ouverte d’une rare intensité, Franck OKE s’adresse au Président de la République non pas en opposant, mais en « enfant de la République ». Au-delà des clivages politiques, il appelle à un geste de père : libérer Joël Aïvo et Reckya Madougou, rouvrir les portes aux exilés Komi Koutché et Valentin Djènontin. Un plaidoyer pour la réconciliation, porté par dix ans de combat démocratique et une ultime prière : « merci, papa ».
Monsieur le Président,
Je tiens, avant tout propos, à vous exprimer le respect profond que je vous porte, même si je ne me considère pas comme un adepte de votre action politique. Ce respect ne vient pas de la politique, mais de ce que vous incarnez : une autorité, un père, une figure vers laquelle un citoyen peut encore se tourner quand il lui reste de l’espoir.
Si je prends la plume ce jour, lundi 04 mai 2026, ce n’est pas seulement avec des mots, mais avec le cœur lourd et plein à la fois. Lourd des silences, des incompréhensions et des blessures… mais plein d’un espoir qui refuse de mourir. Je veux vous voir entrer dans l’histoire autrement. Pas dans le bruit des divisions, mais dans la lumière d’un geste qui rassemble et qui élève tout un peuple.
Pour ma part, je sors d’un combat de dix années pour la démocratie. Dix années de foi, de lutte, de sacrifices parfois invisibles. Dix années à croire en un idéal qui dépasse nos personnes. Peut-être ce combat n’a-t-il pas trouvé écho auprès de vous, et cela m’a profondément touché… parfois même découragé. Mais aujourd’hui, malgré tout, je choisis de ne pas vous juger. Je choisis de vous parler avec vérité, avec une sincérité nue.
Monsieur le Président, je vous parle ici comme on parle une dernière fois avant de perdre espoir… Vous avez entre vos mains la possibilité de réparer, d’apaiser, de rassembler. Libérer Monsieur Joël Aïvo et Madame Reckya Madougou, permettre à ceux qui sont loin de leur terre, Komi Koutché et Valentin Djènontin de revenir… ce n’est pas seulement un acte politique. C’est un acte d’amour pour votre peuple. C’est un geste qui peut sécher des larmes, réunir des familles, redonner souffle à une nation fatiguée.
Je vous le dis avec toute la force de mon cœur : un tel acte vous élèverait au-dessus de tout. Il vous placerait là où les hommes deviennent plus grands que leurs fonctions. Et ce jour-là, ce ne seront pas des mots qui vous célébreront, mais les cœurs de tout un peuple.
Monsieur le Président, je ne suis peut-être rien à vos yeux. Mais je suis un enfant de cette République. Et comme tout enfant, j’ai besoin de croire en celui qui tient la maison. Agissez en père. Pas seulement en chef, pas seulement en dirigeant… mais en père, avec ce que cela implique de pardon, de justice et de grandeur.
Faites-le pour nous. Pour nous qui grandissons avec des rêves fragiles. Pour nous qui voulons encore croire que notre pays peut guérir de ses blessures.
Car au fond de moi, malgré tout, il reste cette image… ce désir presque irréel mais profondément sincère : celui de pouvoir un jour m’approcher de vous, me jeter dans vos bras, et vous dire, les larmes aux yeux… merci, papa.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma très haute considération.
Franck OKE








