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Gouvernance locale: L’approche genre encore à la traîne

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(L’urgence d’une autre discrimination positive ?)

Les résultats des désignations au sein des 77 communes du Bénin, après le scrutin du 11 janvier 2026, révèlent une concentration du pouvoir exécutif local entre les mains des hommes. Un constat qui interroge l’efficacité des mécanismes de promotion de l’approche genre dans les instances de décision.

Le processus de désignation des Maires et de leurs adjoints dans les 77 communes du Bénin, consécutif au scrutin du 11 janvier 2026 et à la proclamation des résultats par la Commission électorale nationale autonome (Cena), livre des données sur la répartition du pouvoir local. Sur l’ensemble du territoire national, les statistiques font état de 4 femmes occupant la fonction de Maire contre 73 hommes. Ce rapport  établit une proportion de présence féminine à la tête des mairies à 5,19 %. Les communes ayant porté une femme à leur tête lors de cette mandature incluent notamment Kandi, Kétou, Toffo et Toucountouna. Cette configuration des exécutifs locaux intervient dans un contexte institutionnel où les initiatives du gouvernement de Patrice Talon intègrent la promotion de l’approche genre comme axe de gouvernance. Ainsi, les résultats de cette cinquième mandature de l’ère de la décentralisation indiquent une occupation des postes de premier plan par le genre masculin. Les instances de décision communale, qui constituent l’échelon de contact entre l’administration et les populations, demeurent donc structurées par une direction majoritairement masculine. Cette situation se répète dans les départements du nord comme du sud, sans distinction de zone géographique marquée. Ce qui indique que les mécanismes de désignation internes des formations politiques n’ont pas produit de basculement vers une répartition paritaire des responsabilités de gestion de la cité. Le constat de 2026 s’inscrit dans la continuité des mandatures précédentes, marquant une stabilité de cette prédominance masculine à la tête des communes du Bénin. Il est sans nul doute que la question de la représentation féminine dans les instances locales pose le problème de l’efficacité des mécanismes de promotion de l’équité.

Une mesure de coercition s’impose

 Le législateur a introduit une réforme constitutionnelle en 2019 visant à garantir une présence féminine au sein du Parlement. Ce système de discrimination positive réserve 24 sièges aux femmes à l’Assemblée nationale, soit un siège par circonscription électorale. Cependant, cette disposition ne s’applique pas à la composition des exécutifs locaux. Le code électoral et les lois sur la décentralisation ne prévoient pas de quotas pour l’élection des Maires ou de leurs adjoints. La désignation des chefs des communes repose sur des décisions, où les candidatures féminines ne figurent pas en tête de liste pour les fonctions de Maire. Le cadre juridique actuel laisse aux partis la liberté de désignation, sans contrainte de genre pour les postes de responsabilité au sein des mairies. L’issue de ces consultations de 2026 conduit à examiner l’éventualité d’une extension des mesures de discrimination positive au niveau communal. Cette réflexion devra s’orienter vers la mise en place d’un cadre législatif pour intégrer les femmes aux postes de décision locale. En l’absence d’une loi imposant un quota ou une parité dans les bureaux de conseils communaux, la répartition du pouvoir doit rester soumise aux arbitrages des états-majors des partis. Car, la question de l’obligation légale se pose comme une option pour assurer la participation des femmes au développement des communes par leur présence dans les instances de décision. Sans intervention du législateur, la tendance observée lors de la désignation des Maires en 2026 pourrait se maintenir pour les mandats à venir.

J.G

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