Le départ des ministres Éléonore Ladékan et Jean-Michel Abimbola pour l’Assemblée nationale force le gouvernement à se réorganiser. Si ces changements paraissent techniques, ils posent des questions sur la façon dont les départs sont gérés.
S’occuper d’un seul ministère est déjà colossal. Aujourd’hui, le Pr Benjamin Hounkpatin gère la Santé et l’Enseignement supérieur. Shadiya Alimatou Assouman, elle, cumule l’Industrie, le Commerce, l’art, le Tourisme et la Culture. Avec de telles charges, une seule personne peut-elle vraiment tout suivre ? Le risque est de voir les dossiers traîner ou de laisser trop de pouvoir aux conseillers de l’ombre.
La confiance avant la compétence spécialisée ?
Vraisemblablement, le gouvernement privilégie la stabilité. En confiant plusieurs postes à des ministres déjà en place, le Président s’assure que la machine ne s’arrête pas. Mais cette sécurité a un prix : le manque de spécialisation. Certains domaines, comme la Recherche ou la Formation professionnelle, demandent pourtant une présence totale et une expertise pointue.
Ces cumuls montrent surtout que le Chef de l’État ne fait confiance qu’à un petit groupe. La ministre Véronique Tognifodé gère ainsi deux ministères depuis le décès de Kouaro Yves Chabi le 20 février 2025. Qu’un remplaçant n’ait pas été nommé depuis un an suggère que le Chef de l’État préfère confier « deux maisons » à un pilote éprouvé plutôt que d’ouvrir son gouvernement à de nouvelles figures. Cela traduit une volonté de verrouiller l’exécutif avec des profils qui maîtrisent déjà la méthode Talon.
Intérim passager ou nouvelle norme ?
La grande inconnue reste la durée. S’agit-il d’une réorganisation de quelques semaines en attendant un remaniement plus large, ou d’une structure destinée à durer jusqu’à la fin du mandat ? En effet, plus le temps passe, plus ces intérims ressemblent à des nominations définitives. Une méthode qui semble garantit une certaine tranquillité politique en évitant les tensions liées à l’entrée de nouveaux ministres.
L’Unité RH de la Présidence : la fin des cumuls ?
La nouvelle Unité d’appui en Ressources Humaines de la Présidence pourrait changer la donne. Sa mission est de trouver les meilleurs experts, ici ou ailleurs, pour les postes clés. Si cette structure réussit à attirer des talents, elle pourrait offrir au Chef de l’État les profils nécessaires pour remplacer les intérimaires actuels. Au lieu de surcharger des « super-ministres », on pourrait alors nommer des technocrates spécialisés et totalement dédiés à un seul portefeuille. L’idée est claire : mettre enfin les bonnes personnes aux bons endroits pour ne plus dépendre du cumul.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
