L’ambassadeur des États-Unis au Bénin, Brian Shukan, en fin de mission, a rencontré la presse ce mardi 10 février 2026 à Cotonou. Cette rencontre a permis de passer en revue les actions de la mission américaine, d’analyser les mutations économiques et sécuritaires du pays sur trois décennies, et d’évoquer la continuité des relations bilatérales entre Washington et Cotonou.
En poste depuis mai 2022, l’Ambassadeur des États-Unis près le Bénin, Brian Shukan, arrive au terme de sa mission. Avant son départ, il a tenu à lever un coin de voile sur la conduite de sa mission. Ainsi, depuis sa prise de fonction le 5 mai 2022, Brian Shukan a supervisé, dit-il, une intensification de la coopération technique et financière entre les États-Unis et le Bénin. Sous son mandat, l’aide américaine dans le secteur de la sécurité a, indique-t-il, atteint plus de 30 millions de dollars. « Ces fonds ont financé des dons d’équipements militaires et policiers, ainsi que des programmes de formation destinés aux Forces armées béninoises, à la Police républicaine, à l’administration pénitentiaire et au ministère de la Justice. Aujourd’hui, nous avons un bureau de coopération militaire à l’ambassade, dirigé par un officier militaire américain », a-t-il expliqué. Cette structure remplace, à l’entendre, l’ancien système de gestion qui était rattaché à l’ambassade des États-Unis à Accra. Sur le plan de la lutte contre le terrorisme, un responsable américain, affirme le diplomate, est désormais basé à Cotonou pour coordonner les programmes avec la police. Dans le domaine social, l’action de la mission américaine s’est traduite par le soutien à plus de 3 000 relais communautaires via l’USAID, facilitant l’accès aux soins de santé, aux vaccinations et à la protection maternelle dans les zones rurales. La coopération s’est également étendue aux infrastructures de base à travers le Millennium Challenge Corporation (MCC) et le Corps de la Paix, visant l’amélioration de l’accès à l’électricité et à l’eau potable. Sur le plan sportif, le mandat a été marqué par l’accompagnement de la Fédération béninoise de cyclisme, dont les athlètes ont concouru pour la première fois sur le sol américain l’année dernière.
L’observation d’une transformation structurelle sur trente ans
Brian Shukan bénéficie d’un recul temporel sur le Bénin, y ayant servi une première fois en 1996. Il dresse un constat sur l’évolution des infrastructures et de l’appareil productif béninois. Selon lui, le pays est passé d’une économie d’exportation de produits bruts à une phase de transformation locale. « J’ai constaté des progrès considérables en matière d’infrastructures et de développement dans différents secteurs économiques, notamment le coton et le textile », a-t-il déclaré, citant notamment la zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Le diplomate a insisté sur l’importance de cette production à valeur ajoutée pour l’avenir économique du pays. Son analyse porte également sur la stabilité politique qu’il observe depuis les années 1990. Ayant été témoin de l’élection de 1996, il note que l’expérience d’observer la participation des Béninois et leur enthousiasme l’a marqué pendant sa carrière diplomatique. Sur le plan sécuritaire, l’ambassadeur reconnaît l’existence de défis dans les zones septentrionales. Il préconise une approche intégrée qui ne se limite pas à la réponse militaire : « Ce n’est pas un problème qui peut être résolu seulement avec les armements. Il faut adresser les besoins de la population, particulièrement dans les zones marginalisées », a-t-il précisé devant les journalistes.
Perspectives et continuité de la coopération bilatérale
Malgré son départ prochain, Brian Shukan assure que les fondements de la relation américano-béninoise restent stables. Il a indiqué que les priorités ne dépendent pas d’un individu mais d’un cadre institutionnel solide. Pour l’avenir, le diplomate souhaite une intensification des flux commerciaux : « Je voudrais voir plus d’échanges commerciaux entre les États-Unis et le Bénin. Il y a beaucoup plus de choses qu’on peut faire pour ouvrir le commerce », a-t-il affirmé. La question de la souveraineté reste centrale dans les perspectives de défense. L’ambassadeur a réitéré que le soutien américain restera un appui technique au leadership local : « C’est le Bénin qui dirige cette lutte. Ce n’est pas à un pays étranger de le faire », martèle-t-il. Il a également insisté sur la nécessité d’une coopération régionale accrue entre le Bénin et ses voisins pour contrer l’expansion des groupes extrémistes qui ignorent les frontières nationales. Enfin, concernant les réformes politiques, l’ambassadeur a rappelé que les États-Unis continueront de porter une attention particulière aux libertés d’expression et de la presse, tout en respectant les choix du peuple béninois. « Nous restons disponibles pour accompagner le gouvernement du Bénin dans un esprit de partenariat, de respect mutuel et de coopération constructive », a-t-il conclu.
J.G
