(2026 : une année de tous les dangers pour 4,5 millions de filles)
Alors que le monde célèbre la Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des Mutilations génitales féminines (Mgf), l’année 2026 s’impose comme un tournant décisif. Entre progrès historiques, menaces budgétaires sans précédent et la médicalisation de l’inacceptable, les agences des Nations Unies tirent la sonnette d’alarme : le compte à rebours vers 2030 est lancé, et chaque mois compte.
Les chiffres publiés en ce début d’année par les grandes instances internationales sont sans appel. En 2026, on estime que 4,5 millions de filles dont une majorité de moins de cinq ans risquent de subir une mutilation génitale. Ce chiffre vient s’ajouter aux 230 millions de femmes qui vivent déjà avec les séquelles physiques et psychologiques de ces pratiques à travers le globe.
Malgré une tendance à la baisse (le risque pour une jeune fille aujourd’hui est inférieur d’un tiers par rapport à 1990), la croissance démographique dans les pays à forte prévalence menace d’annuler ces gains. En 2026, la lutte n’est plus seulement culturelle, elle est une course contre la montre démographique.
Le paradoxe financier : un investissement délaissé
L’un des messages les plus percutants de cette année concerne l’aspect économique du combat. Les experts sont formels : investir dans l’élimination des Mgf est l’un des placements les plus rentables pour le développement humain. Chaque dollar investi génère un retour de dix dollars en économies de santé et en productivité. À l’inverse, l’inaction coûte cher : le traitement des complications médicales pèse pour environ 1,4 milliard de dollars par an sur l’économie mondiale. Pourtant, les agences dénoncent une baisse inquiétante des financements internationaux. En 2026, la réduction des budgets d’aide au développement et les crises humanitaires multiples détournent les ressources essentielles des programmes de protection de l’enfance. Sans un financement prévisible, les réseaux communautaires de sensibilisation risquent de s’effondrer.
L’année 2026 voit également l’émergence d’un défi insidieux : la médicalisation des Mgf. Sous prétexte de réduire les risques sanitaires immédiats comme les hémorragies, certains partisans de la pratique tentent de la faire réaliser par des professionnels de santé. Les Nations Unies rappellent avec fermeté que la présence d’un personnel soignant ne rend pas l’acte moins violent ou plus acceptable.
Vers 2030 : L’impératif de l’action
Pour inverser la tendance dès cette année, la stratégie repose sur la mobilisation des leaders d’opinion de confiance (chefs religieux, traditionnels et agents de santé) et sur un soutien accru aux mouvements de jeunesse. L’objectif de développement durable consistant à mettre fin aux Mgf d’ici à 2030 reste atteignable, mais seulement si la mobilisation de 2026 ne s’essouffle pas face aux pressions budgétaires et conservatrices.
Fifonsi Cyrience KOUGNANDE
