Dans le paysage politique béninois en pleine recomposition depuis près d’une décennie, certaines trajectoires se distinguent par leur cohérence et leur continuité. Celle de Joseph Fifamin Djogbénou s’inscrit dans cette dynamique. Son élection récente apparaît moins comme un événement isolé que comme l’aboutissement d’un parcours bâti sur la rigueur intellectuelle, l’engagement partisan et une loyauté assumée envers l’État et ses institutions.
Né le 20 mars 1969 à Abomey, Joseph Fifamin Djogbénou se construit d’abord loin des joutes politiques. Avocat et professeur agrégé de droit, il s’impose progressivement comme une référence dans les sphères académique et judiciaire. Cette expertise juridique façonne durablement son rapport à l’action publique, fondé sur la primauté des textes, le respect des procédures et la solidité institutionnelle.
Une entrée en politique guidée par la réforme
Son entrée formelle en politique en 2015 se fait dans un contexte particulier : celui d’un système partisan fragmenté, en quête de rationalisation. Il fonde alors le parti Alternative citoyenne (Ac), qu’il préside, et se fait élire député sur la liste de l’Union fait la Nation (UN). À l’Assemblée nationale, il prend logiquement la tête de la Commission des lois, un poste en adéquation avec son profil de juriste et son souci de l’architecture institutionnelle.
Cette première expérience parlementaire confirme une ligne de conduite : agir sur les leviers structurels plutôt que sur la politique de circonstance. Une orientation qui trouvera un prolongement majeur avec la réforme du système partisan.
Un acteur clé de la recomposition politique
En décembre 2018, Alternative Citoyenne s’associe à d’autres formations pour donner naissance à l’Union progressiste (Up). Joseph Djogbénou participe activement à cette recomposition, visant à structurer durablement la vie politique béninoise autour de grands ensembles organisés. Cette phase marque un tournant : la loyauté partisane devient un outil de stabilité institutionnelle.
Parallèlement, la victoire de Patrice Talon à la présidentielle de 2016 ouvre une nouvelle séquence. Joseph Djogbénou est nommé ministre de la Justice et de la Législation, garde des Sceaux, où il accompagne plusieurs réformes sensibles. Deux ans plus tard, il rejoint la Cour constitutionnelle, avant d’en être élu président par ses pairs, fonction qu’il exercera jusqu’en juillet 2022.
Cette succession de responsabilités traduit une présence continue au sommet de l’appareil institutionnel, fondée sur la confiance et la constance.
La loyauté comme ligne politique
En juillet 2022, Joseph Djogbénou succède à Bruno Ange-Marie Amoussou à la tête de l’Union Progressiste. La fusion avec le Parti du renouveau démocratique (Prd) donne naissance à l’Union progressiste le renouveau (Upr). À la direction du nouveau parti, il engage une stratégie méthodique d’élargissement et de consolidation, fondée sur des adhésions successives et une structuration territoriale renforcée.
Sous sa direction, l’Upr arrive en tête des élections législatives de janvier 2023. Élu député, il choisit toutefois de renoncer à son siège, préférant se consacrer pleinement à la direction politique du parti. Un choix interprété par ses soutiens comme la preuve d’une priorité accordée à l’organisation collective plutôt qu’aux ambitions personnelles.
En janvier 2026, l’Upr confirme sa domination en se classant à nouveau première force politique à l’issue des élections communales et législatives.
Une élection comme consécration d’un parcours
L’élection de Joseph Fifamin Djogbénou s’inscrit ainsi dans une logique de continuité. Elle consacre un itinéraire marqué par la fidélité aux institutions, la cohérence idéologique et une conception exigeante de l’engagement politique. Plus qu’un succès individuel, elle reflète la reconnaissance d’un leadership fondé sur la discipline partisane et la stabilité républicaine.
Th.A.
