Ce vendredi 30 janvier 2026, Tchègoun Darius VEGBA a soutenu publiquement sa thèse de Doctorat en Sociologie du Développement communautaire à l’École Doctorale Pluridisciplinaire : « Éducation Physique, Sport et Développement Humain (EDP-EPS-DH) » de l’Université d’Abomey-Calavi et accède ainsi au grade de Docteur en Sociologie du Développement communautaire.

«Analyse de la gouvernance des vulnérabilités induites par les changements climatiques dans la commune de Banikoara au Bénin ». Telle est intitulé le sujet de cette thèse encadrée par le Laboratoire de Recherche et d’Expertise, Sport, Éducation et Interventions Sociales pour le Développement. Le travail du Dr Tchègoun Darius VEGBA a montré que les vulnérabilités induites par les changements climatiques découlent non seulement des facteurs naturels, mais surtout du manque de synergie entre les institutions sociales, des pratiques anthropiques et surtout de la faible prise en compte de l’endogénéité dans les réponses locales en matière de gouvernance des vulnérabilités. L’hypothèse générale part du principe que les dysfonctionnements structurels et organisationnels, les pratiques anthropiques et la non-observance des normes et valeurs endogènes influencent la vulnérabilité des populations face aux changements climatiques.

La thèse défendue par Dr Tchègoun Darius VEGBA est « la prise en compte des dysfonctionnements dans le cadre de la gestion des politiques publiques pour la riposte contre les changements climatiques, la réduction des activités économiques qui induisent les variabilités climatiques et l’observance des normes et valeurs endogènes constituent des déterminants pour infléchir les tendances relatives à la vulnérabilité des populations induites par les dérèglements du climat ».

L’auteur a convoqué un triptyque de modèles théoriques pour analyser la causalité entre les hypothèses et les réalités de terrain. Il s’agit de l’ethnoclimatologie inspirée par les travaux de B. Perron & J-G. Vaillancourt (2015) ; V. Reyes-García (2019) et M. Boko (2014 ) ; du diagnostic stratégique, inspiré par les travaux de M. Crozier & E. Friedberg (1977) et de B. Ostrom (2010) et de la neutralité carbone inspiré par les travaux de N. Stern (2007) et J. Sachs (2015).

Ainsi, les données primaires collectées et analyses réalisées dans le cadre de cette recherche confirment l’existence de dysfonctionnements significatifs dans la mise en œuvre des politiques et réponses locales en matière de lutte contre les changements climatiques dans la commune de Banikoara. En effet, les retards de financement, la faible coordination interinstitutionnelle et la dépendance de l’aide extérieure ne permettent pas de déployer des actions locales d’envergure qui mobilisent et impliquent véritablement toutes les couches sociales, notamment les garants de la tradition.

Les données de la recherche ont révélé que la pression anthropique sur les ressources naturelles, la déforestation, l’agriculture extensive, l’utilisation abusive de pesticides accélèrent la détérioration de l’environnement. Cependant, en raison du manque de solutions moins agressives (notamment endogènes) contre la nature et de la précarité économique, les producteurs continuent ces pratiques, bien qu’elles soient nocives.

L’une des contributions fondamentales de cette thèse est d’avoir mis en relief la valeur régulatrice des normes endogènes en matière de lutte contre les changements climatiques. Le corpus que constituent les proverbes, les dictons, les cérémonies et les rituels dédiés à magnifier les bienfaits de l’environnement, est en réalité un cadre normatif riche de savoirs favorables à la lutte contre les changements climatiques. Cependant, la modernisation, les programmes scolaires extravertis et la sécularisation rapide ont contribué au rejet de ces mécanismes D. Végba (2025). Certains acteurs institutionnels, voire des programmes, considèrent souvent ces pratiques comme rébarbatifs, alors qu’elles constituent des instruments efficaces de régulation sociale et de conservation des ressources naturelles.

Les risques climatiques relevés dans la commune de Banikoara, portent, entre autres, sur la forte variabilité des précipitations, la sécheresse, la baisse des rendements agricoles, les vents violents, les inondations. En réponse à ces situations et en marge des interventions, la commune s’est dotée, entre autres, d’un Plan Communal de Contingence (PCC). Ce document constitue un instrument local de gestion des risques pour l’anticipation, la prévention et la réponse aux catastrophes, y compris les inondations, la sécheresse, etc. Mais l’analyse du PCC révèle une faible prise en compte des savoirs endogènes dans son cadre programmatique.

Au total, les données empiriques indiquent une insuffisante intégration des savoirs endogènes dans la planification, la mise en œuvre et l’évaluation des actions climatiques à Banikoara.

Cette insuffisance d’endogénéité rappelle les limites scientifiques qui découlent des approches développementalistes classiques, à travers lesquelles le savoir endogène est perçu comme secondaire et dérisoire P. Hountondji, (1994). En somme, on en déduit que les politiques et stratégies de lutte contre les changements climatiques adoptent des approches orientées vers les rationalités scientifiques occidentales, alors que les dynamiques locales reposent sur la symbolique, la mémoire collective et l’expérience vécue.

En terme de limites empiriques, les travaux ont été confrontés à des difficultés d’accès aux données institutionnelles, surtout les rapports financiers et les audits internes des projets climatiques ; ce qui a restreint l’analyse approfondie des mécanismes de gouvernance. Au plan épistémologique, la principale limite est liée aux écoles qui tendent à établir une hiérarchie entre les savoirs scientifiques et savoirs endogènes. Ainsi, en cherchant à rapprocher ces deux sphères de pensées, la recherche s’expose au risque d’une double contrainte qui consiste à satisfaire les exigences de la scientificité moderne tout en restant fidèle aux rationalités locales. Comme le souligne P. Hountondji (1994), la science africaine est souvent extravertie, dépendante de paradigmes importés. La thèse a révélé ces « querelles épistémologiques », tout en martelant la nécessité d’une réhabilitation épistémologique des savoirs locaux dans la production de la connaissance scientifique.

Des solutions…

Au terme de la recherche de Dr Tchègoun Darius VEGBA, il ressort que l’une des contributions majeures des travaux tient de la mise en valeur de la gouvernance endogénéisée des réalités climatiques pour des résultants plus impactants et durables. Ainsi, à travers l’ethnoclimatologie, il a été démontré que les savoirs, les croyances et les pratiques locales ne sont pas des obstacles au progrès, mais des ressources latentes et porteuses de durabilité et de cohésion. Ce postulat est en phase avec les réflexions de E. Ostrom (2010) par rapport à la gestion collective des biens communs. En effet, selon lui, la durabilité des ressources dépend de la capacité des communautés à produire leurs propres règles et mécanismes d’autorégulation.

Ce travail qui a mis la lumière sur l’existence des modes de gestion traditionnelle des forêts sacrées, des rituels de purification, des proverbes liés à la pluie, etc., et il en ressort que les communautés disposent des rationalités écologiques qu’il convient de découvrir, de contextualiser et de valoriser.  Ces rationalités pourraient être utilisées comme des supports d’action dans les politiques publiques, dans une approche d’hybridation intelligemment orchestrée entre les savoirs endogènes et les techniques importées dites modernes.

Au total, la discussion révèle et confirme la validité de l’hypothèse générale de la recherche : les vulnérabilités induites par les changements climatiques à Banikoara résultent de la combinaison de dysfonctionnements institutionnels, de pratiques anthropiques non durables et de la marginalisation des normes endogènes. Cette validité confirme de fait, la pertinence des modèles théoriques convoqués qui ont permis de déceler les dimensions culturelle et cognitive (l’ethnoclimatologie), la dynamique d’occupation du sol (neutralité carbone) et les enjeux organisationnels et stratégiques (SWOT) de la gouvernance des changements climatiques dans la commune de Banikorara.

Enfin, la recherche révèle que la principale limite de la gouvernance des changements climatiques au niveau local est consubstantielle à la faible prise en compte de l’endogénéité. En outre, les logiques d’interventions sont exogènes et orientées vers des indicateurs et procédures faiblement en phase avec les réalités communautaires.

Cette thèse appelle à un retournement paradigmatique : concevoir la lutte contre les changements climatiques à partir du local, en admettant la variabilité des rationalités et la valeur épistémique des savoirs endogènes. Elle s’inscrit dans la nouvelle voie de la sociologie africaine de la résilience climatique, en associant la science, la culture et la gouvernance participative.

Le jury était composé de :

  • Président : AHODEKON SESSOU C. Cyriaque, Professeur Titulaire, Université d’Abomey-Calavi, Bénin ;
  • 1er Rapporteur : GBAGUIDI Gbèdolo Arnauld G., Professeur Titulaire, Directeur de thèse ; Université d’Abomey-Calavi, Bénin ;
  • 2ème Rapporteur : MONTCHO Rodrigue Sèdjrofidé, Maître de Conférences, Co-Directeur de thèse, Université de Parakou, Bénin ;
  • Membre 1 : GBEMOU Mawulikplimi, Professeur Titulaire, Université de Lomé, Togo ;
  • Membre 2 : NEGUEMA ENDEMNE Gilbert, Professeur Titulaire, Université de Libreville, Gabon ;
  • Membre 3 : BABADJIDE Charles Lambert, Professeur Titulaire, Université d’Abomey-Calavi, Bénin.

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