À Savè, la campagne d’activisme contre les violences basées sur le genre a révélé des chiffres alarmants : 614 grossesses précoces et 38 cas de viol sur des filles de 4 à 17 ans.
La salle de réunion de la mairie de Savè est restée figée le mardi 09 décembre. Réunis pour la campagne d’activisme contre les violences basées sur le genre (VBG), organisée par l’Association Béninoise pour le Marketing Social et la Communication pour la Santé (ABMS) en partenariat avec l’Alliance des professionnels des médias pour la santé du Bénin ( APMS-BÉNIN) et l’Ong Yara Obirin Didé (YOD), les participants ont découvert des chiffres terrifiants. Depuis le 1er janvier 2024, 614 cas de grossesses précoces et 38 cas de viol ont été enregistrés sur des filles mineures.
Parmi ces victimes, on dénombre 20 filles âgées de 10 à 14 ans, 4 petites filles de seulement 4 à 9 ans, et 15 adolescentes de 15 à 17 ans. Des statistiques qui ont profondément secoué l’assistance.
« La situation est grave à Savè » a déclaré, visiblement bouleversée, Geneviève Kadoukpè Arawo, directrice départementale des Affaires sociales, aux côtés d’Inès Fatokoun, point focal VBG dans le département des Collines.
Une campagne qui tombe à point nommé
Face à ces chiffres, la sensibilisation initiée par l’ABMS et l’APMS-BÉNIN et l’Ong YOD apparaît plus nécessaire que jamais. « Votre ONG vient marquer son engagement aux côtés du gouvernement pour que les filles et les femmes des Collines grandissent dans un environnement sécurisé », a salué Geneviève Kadoukpè Arawo.
Les échanges ont permis d’aborder l’ensemble des formes de violences basées sur le genre, y compris les violences socio-économiques qui fragilisent davantage les femmes et les jeunes filles.
« Les VBG déshumanisent notre société »
Pour Venance Tonongbé, président de l’APMS-BENIN, le constat est sans appel : « Les VBG déshumanisent notre société ». Un avis partagé par la professeure Yvette Onibon, directrice de l’Ong Yara Obirin Didé (YOD), qui impute la hausse des cas de violences à « une déliquescence des normes éthiques » et « une mauvaise connaissance de nos cultures ». L’Ong YOD travaille d’ailleurs sur l’autonomisation financière des femmes et la compréhension des dynamiques sociales liées aux violences.
Cinéma, humour, théâtre, des outils de dénonciation
Pour appuyer le message, plusieurs outils artistiques ont été mis en avant. Le film Yabè, réalisé avec le soutien de l’ambassade des Pays-Bas, met en lumière les violences faites aux mineures dans les communautés, tout en soulignant l’importance de l’implication des autorités morales.
Les humoristes Hootô Autorité, Dah Ayatô, Kady, Eury et d’autres ont abordé le sujet avec pédagogie, notamment en évoquant la question des contenus sensibles en ligne. « Les établissements scolaires sont des lieux où se déroulent de nombreuses formes de violences » a rappelé la professeure Yvette Onibon, s’adressant à un public majoritairement composé de jeunes.
Elle a mis en garde contre les dérives numériques, notamment l’échange de contenus sensibles : « Internet, TikTok, WhatsApp… c’est bien, mais seulement quand ça ne nous met pas en danger. Ne vous mettez pas dans des situations compromettantes. »
Le 7344, un numéro vert pour dénoncer et se protéger
La rencontre a également permis de promouvoir le numéro vert 7344 de l’Abms. Cette ligne gratuite, anonyme et confidentielle, offre des informations sur le VIH/sida et permet de signaler des cas de violences basées sur le genre.
« Nous orientons également les appelants vers les Guichets uniques de protection sociale (Gups) », a expliqué Marie-Hélène Yehouessi, gestionnaire du service. Le numéro est disponible en plusieurs langues nationales : yoruba, nago, dendi, bariba, fon, lokpa et kotokoli.
Albérique HOUNDJO Br/Borgou-Alibori

