Les récents cas d’abandon de nourrissons au Centre hospitalier départemental (Chd) du Mono à Lokossa, bien que tragiques, nous imposent une question fondamentale : face à un acte de désespoir parental, la prison est-elle vraiment la réponse la plus juste et la plus efficace ?

L’arrestation du parent impliqué, qui fait face à la justice, est une réponse légitime de l’État pour affirmer la responsabilité parentale et réprimer l’abandon, puni par le Code de l’Enfant. Cependant, la réalité sociale qui pousse une mère ou un père à commettre l’irréparable nous force à considérer une alternative à l’incarcération. En effet, l’abandon d’un nourrisson à l’hôpital, aussi douloureux soit-il pour le personnel soignant, est un signal d’alarme qui, paradoxalement, sauve une vie. N’est-il pas préférable, pour la dignité humaine et la loi, de trouver un enfant vivant dans un lit d’hôpital plutôt que de le découvrir sans vie sur un tas d’ordures ou jeté dans une fosse septique ?

Le rôle de l’État et de la société est, avant tout, d’assurer la survie et la protection de l’enfant. L’acte d’abandon à l’hôpital, au lieu d’être un geste puni uniquement par l’incarcération, pourrait être analysé comme une demande d’aide ultime et désespérée. Il nous indique que les mécanismes de prévention et de soutien ont échoué en amont. La priorité doit se concentrer sur l’établissement d’un système de prise en charge pour ces enfants  en leur garantissant un statut juridique stable pour que ces nourrissons puissent bénéficier rapidement d’une identité légale et d’une protection immédiate ; offrir un cadre d’épanouissement à ces enfants. Par ailleurs, l’adoption, lorsqu’elle est possible, doit être facilitée et sécurisée.

De la sanction pénale à la médiation sociale

L’emprisonnement du parent, souvent déjà en situation de grande précarité, ne résout pas la crise sociale qui a engendré l’abandon. Il ne fait qu’ajouter une souffrance à la souffrance, sans prévenir les cas futurs. Le système judiciaire pourrait explorer davantage les mesures alternatives à la détention pour les cas non violents d’abandon, en particulier lorsque le geste visait à assurer la survie du nourrisson (en le déposant à l’hôpital). Ces alternatives pourraient inclure par exemple une bligation de suivi psychosocial et de formation professionnelle.

La prévention : sensibilisation et soutien aux jeunes mères

Le Bénin en la matière, fait des efforts louables au travers du Ministère des affaires sociales. Mais, puisque le véritable combat se gagne en amont, l’État et les Organisations non gouvernementales doivent intensifier les efforts de prévention : campagnes d’information sur la planification familiale et les dangers des abandons illégaux ; mise en place de lignes d’écoute et de structures d’accueil anonyme pour les femmes enceintes ou les jeunes mères en détresse (violences, misère, rejet social) ; aide sociale et financière ciblée pour les jeunes mères démunies afin de déstigmatiser la grossesse et d’assurer une prise en charge minimale du nouveau-né.

En choisissant de privilégier la réhabilitation et la prévention sur la seule incarcération dans les cas de détresse extrême, la justice envoie un message fort : celui d’une société qui protège l’enfant sans ignorer le désespoir du parent. Une justice qui cherche à soigner la cause, plutôt qu’à punir uniquement la conséquence.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE

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