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  • Budget 2025 : Débat d’orientation budgétaire à l’Assemblée

    Budget 2025 : Débat d’orientation budgétaire à l’Assemblée

    Les députés ont fait le Débat d’orientation budgétaire (DOB) en prélude à l’examen du projet de loi de finances, gestion 2025, le vendredi 28 juin 2024 au Palais des Gouverneurs à Porto-Novo, sacrifiant ainsi aux exigences de la loi organique n°2013-14 du 27 septembre 2013 relative aux lois de finances.

    Le gouvernement était représenté par le Ministre d’État en charge de l’Économie, des finances et de la coopération Romuald Wadagni et son collègue du Ministère de la justice et de la législation, garde des sceaux Yvon Détchénou à cette séance plénière tenue le vendredi 28 juin 2024.

    Pour produire son rapport, la commission des Finances et des Échanges a fait allusion à la loi organique n°2013-14 du 27 septembre 2013 relative aux lois de finances dont les dispositions stipulent que le Gouvernement, à travers le Ministère de l’économie et des finances, doit s’employer à présenter chaque année, au plus tard le 30 juin à la Représentation nationale les grandes orientations de la politique économique et budgétaire pour les trois prochaines années.

    Parlant du contenu proprement dit, le rapport présente trois grandes parties à savoir la situation économique et financière sur la période 2021- 2023; les perspectives économiques et financières sur la période 2025-2027 et enfin les discussions et recommandations. Sur la base des orientations économiques du Gouvernement et tenant compte de l’exécution à fin mars 2024, de la loi de finances, qui s’est déroulée dans un contexte caractérisé par une économie forte et résiliente, le taux de croissance de l’économie béninoise s’afficherait en 2024, à 6,6% contre 6,5 % en 2023, et 6,3% en 2022. Cette performance découle de la bonne conduite du Programme économique et financier avec le FMI, du développement du secteur industriel dont l’objectif est de poursuivre la remontée des chaînes de valeur, pour une transformation locale des produits agricoles et non agricoles, indique le rapport de la commission.

    Les progrès notés seront renforcés par des actions de diversification de l’économie, la modernisation des régies financières, l’amélioration des capacités de production et la productivité de l’économie. Au total, les députés après étude des différents documents d’orientation budgétaire 2024, soumis à leur examen, invitent le Gouvernement à prendre en compte les différentes préoccupations et recommandations de l’Assemblée nationale lors de l’élaboration du Budget de l’État, gestion 2025.

    Comme recommandations, les députés invitent le  Gouvernement à faire un état de lieux de l’emploi au Bénin afin de définir une politique adéquate d’insertion des jeunes diplômés notamment ceux des lycées techniques agricoles; à impliquer les PME dans le processus d’acquisition des matériels et consommables informatiques; de réaliser un audit au niveau de la SIRAT; à  créer un fonds de soutien aux agriculteurs en période de catastrophe naturel; à  réviser suivant les standards de la sous-région, le prix de location du mètre carré du parking aéroportuaire, afin de réduire le coût des billets d’avion; de renforcer la veille stratégique pour faire face aux chocs exogènes avec les pays frontaliers.

    Kola PAQUI

  • Politique budgétaire éthique : Et si les États africains se référaient à la brillante étude de Jonathan Haidt ? (Une réflexion de Reckya Madougou)

    Politique budgétaire éthique : Et si les États africains se référaient à la brillante étude de Jonathan Haidt ? (Une réflexion de Reckya Madougou)

    Les performances macroéconomiques valent la peine lorsque le développement humain s’en ressent. Mes contributions présentées dans le présent texte, nous orientent en amont vers l’exploration des principes moraux identifiés par Jonathan Haidt. Dans quelle mesure ces derniers peuvent-ils être appliqués à une politique budgétaire éthique ? En s’appuyant sur des conceptions psycho-sociologiques, l’objectif est de viser des stratégies budgétaires qui non seulement répondent aux besoins économiques d’un pays, mais promeuvent une société juste, solidaire et éthique.

    Dans ses recherches révolutionnaires portant sur la psychologie humaine et intitulées « The Righteous Mind: Why Good People are Divided by Politics and Religion », Jonathan Haidt avait dévoilé en 2012 les fondements moraux innés qui sculptent notre sens moral. (« L’esprit juste : Pourquoi les bonnes personnes sont divisées par la politique et la religion »).

    Les principes émergeant des défis sociaux et environnementaux affrontés par nos ancêtres, ne sont pas toujours le fruit de constructions rationnelles mais souvent d’intuitions de bon sens. Elles guident nos jugements et nos comportements, à notre insu, la plupart du temps. Le Psychologue social et professeur d’université américain Haidt identifie à cet effet six fondements en matière de morale.

    1️-  Soin/blessure : En tant qu’êtres humains, nous sommes sensibles à la souffrance et disposés à prendre soin des personnes dans le besoin. Ces sentiments ont évolué en réaction à la nécessité de s’occuper des enfants.

    2-    Équité/tromperie : Nous apprécions et récompensons la collaboration et l’altruisme réciproque, tandis que nous voulons éviter ou sanctionner les tricheurs. La coopération augmente les chances de survie alors que l’exclusion porte les germes de la dislocation des sociétés.

    3️-    Loyauté/trahison : Nous récompensons les individus qui font montre d’esprit d’équipe et sanctionnons ceux qui trahissent notre groupe. Cela est comparable à l’équité/tromperie, mais cible l’appartenance à un groupe plutôt que l’humanité dans son ensemble.

    4-    Autorité/subversion : Nous respectons le rang et le statut sociaux et sommes sensibles aux signes indiquant que d’autres personnes se comportent (ou non) convenablement, compte tenu de leur position. Ceci a évolué devant l’enjeu de s’adapter à la vie au sein de hiérarchies sociales.

    5-   Caractère sacré/déchéance : Nous éprouvons du dégoût lorsque nous observons une chose qui semble polluée (au sens propre ou au sens figuré). Nous rêvons de pureté dans la nature, les sentiments et les relations interpersonnelles. Nous considérons parfois que des objets, des lieux, des personnes et des principes – tels ceux relatifs à la gouvernance de la cité ou à la religion-sont sacrés. Cela résultait probablement de la nécessité d’éviter les agents pathogènes, négativement disruptifs.

    6-    Liberté/oppression : Les êtres humains coopèrent souvent dans des systèmes hiérarchiques, mais s’unissent pour se révolter contre des dirigeants liberticides, réfractaires à l’intérêt général. À gauche, le désir de lutter contre l’oppression et de la remplacer par l’égalité est dirigé contre le capitalisme sauvage.

    L’on peut aisément s’inspirer des fondements moraux identifiés par Haidt, dans l’élaboration des politiques budgétaires. Surtout dans nos jeunes États à la recherche d’une résilience pour leur économie. De manière concrète, voici comment de tels fondamentaux sont susceptibles d’influer sur une politique budgétaire se voulant éthique.

    – Soin/blessure : Une politique budgétaire centrée sur le soin vise à réduire la souffrance et à prendre en charge les plus vulnérables de la société. Cela se traduit par des investissements significatifs dans la santé, l’éducation et les services sociaux, garantissant que personne n’est laissé pour compte. Les programmes de soutien aux familles, aux enfants et aux personnes âgées reflètent cette priorité. Les filets sociaux en sont une émanation.

    -️ Équité/tromperie : L’équité dans la politique budgétaire revient à s’assurer que chacun paie sa juste part d’impôts et que les ressources sont distribuées de manière à favoriser une opportunité égale pour tous. Cela inclut la lutte contre l’évasion fiscale et la fraude, ainsi que l’implémentation de systèmes fiscaux progressifs où les plus riches contribuent proportionnellement plus à la collectivité.

    – Loyauté/trahison : Promouvoir la loyauté dans un cadre budgétaire implique de renforcer le sentiment d’appartenance et de solidarité nationale, en soutenant les initiatives qui favorisent l’unité et la cohésion sociale. Les investissements dans la culture, les traditions et la protection de l’environnement national, les luttes contre l’asservissement des pays par le truchement de dettes malsaines, sont autant d’exemples de la façon dont les budgets peuvent refléter cette valeur.

    – Autorité/subversion : Respecter l’autorité dans la politique budgétaire doit se traduire par une formation républicaine et civique des institutions habilitées à maintenir l’ordre social et à promouvoir le bien commun (forces de l’ordre, système judiciaire, citoyenneté active, etc.). Et ceci dans un esprit d’équité et non pas d’instrumentalisation des organes afin d’éviter la subversion. Les corps de contrôle budgétaire doivent être renforcés et véritablement indépendants et autonomes. Tout cela implique également la transparence et la responsabilité dans la gestion des finances publiques pour le maintien de la confiance dans ces institutions.

    – Caractère sacré/déchéance : Reconnaître ce qui est considéré comme sacré dans la société peut guider les décisions budgétaires vers la protection et la valorisation des patrimoines culturels et naturels. Cela inclut le financement de la préservation de sites historiques, parcs nationaux, le soutien aux arts et aux symboles de bonne gouvernance.

    – Liberté/oppression : Une politique budgétaire éthique défend la liberté individuelle en minimisant l’oppression sous toutes ses formes. Veiller à ce que les politiques fiscales et les dépenses publiques n’alourdissent pas exagérément les citoyens, en particulier les moins nantis. De même, développer des initiatives qui garantissent l’équité.

    Un tel arrangement budgétaire mu par l’équité et s’exonérant d’affecter des ressources à des instruments au service de l’arbitraire, est de nature à favoriser la cohésion sociale indispensable à une croissance économique inclusive.

    Reckya Madougou