L’exportation imminente de barils de brut béninois vers les Pays-Bas marque la relance officielle de l’exploitation pétrolière nationale. En maintenant sa confiance à l’entreprise locale Octogone, le gouvernement illustre une volonté historique de souveraineté économique et de valorisation des compétences nationales.
Le départ du pétrolier Kriti Jade chargé de 330 000 barils de brut depuis les installations offshore du gisement de Sèmè constitue un jalon majeur pour l’économie béninoise. Interrompue depuis la fin des années 1990, la production pétrolière nationale reprend concrètement ses droits avec cette cargaison destinée aux raffineries néerlandaises de la major anglo-néerlandaise Shell Trading. Au-delà de la portée symbolique et commerciale de cette première exportation, cet événement met en lumière une orientation politique et stratégique décisive. Celle de l’association étroite d’un opérateur national au cœur de la chaîne de valeur des hydrocarbures.
Dans la configuration du Contrat de Partage de Production (CPP) régissant le Bloc 1, l’exploitation est menée par Akrake Petroleum Benin qui détient 76 % des parts, aux côtés de l’État béninois à hauteur de 15 %. La participation restante de 9 % est portée par le groupe national Octogone Exploration and Production, dirigé par Razack Saka. Associée à ce projet structurant dès les phases de redéploiement et d’accords institutionnels, cette société incarne l’émergence d’un secteur privé local capable de s’investir durablement dans des industries hautement capitalistiques et techniques. Ce positionnement n’était pourtant pas acquis d’avance. Car de nombreuses structures internationales et consortiums étrangers ont manifesté leur intérêt pour s’emparer de l’intégralité des parts et des marchés induits par cette redynamisation du bassin sédimentaire. Face à ces convoitises extérieures, l’État a fait le choix délibéré et salué de sanctuariser une place de choix pour un acteur national. Cette décision marque une rupture salutaire avec les décennies précédentes, où l’exploitation des gisements reposait quasi-exclusivement sur des monopoles extérieurs, privant le tissu économique local de retombées directes en termes de compétences et de gouvernance opérationnelle.
En misant sur le Groupe Octogone, le gouvernement béninois envoie un signal fort aux investisseurs et aux cadres de la diaspora. Ceci, pour dire que l’expertise locale existe, se structure et mérite d’être institutionnalisée au plus haut sommet de l’État. Mieux, la contribution du Groupe Octogone dépasse la simple participation financière minoritaire. Elle insuffle une perspective souveraine et transparente dans la gouvernance des ressources naturelles. Cette présence nationale garantit une meilleure appropriation des transferts technologiques et renforce la crédibilité des entreprises locales face aux exigences de conformité internationale. Alors que la production initiale s’établit autour de 3 000 barils par jour, cette synergie entre l’expertise opérationnelle d’Akrake Petroleum et l’ancrage territorial du Groupe Octogone permet d’optimiser les coûts logistiques et de dégager des marges de manœuvre financières pour de futures campagnes de forage. À l’heure où les autorités s’apprêtent à consolider les bases juridiques de l’exploitation et à cibler de nouvelles cibles pétrolières sur le Bloc 1, la réussite de ce modèle partenarial public-privé national s’avère exemplaire. Le gouvernement mérite d’être salué pour cette constance institutionnelle qui prouve que le secteur privé béninois possède désormais les reins solides pour porter les ambitions économiques du pays.
