Alors que la valse diplomatique des COP s’éternise au rythme de promesses rarement tenues, l’Afrique fait face à une urgence existentielle implacable. Responsable de seulement 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais frappée de plein fouet par la désertification et l’insécurité alimentaire, l’Afrique ne peut plus se contenter d’attendrissements de tribune. Entre impératif d’adaptation et faillite de la solidarité internationale, enquête sur un grand paradoxe climatique.
Une exposition disproportionnée face à une responsabilité minime
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et rappellent l’iniquité fondamentale qui caractérise la gouvernance climatique mondiale. Alors que l’Afrique ne contribue qu’à hauteur de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), elle figure parmi les régions les plus vulnérables aux bouleversements environnementaux.
Les populations les plus touchées sont souvent celles qui sont le plus éloignées des sphères de décision, de la mondialisation et du développement industriel. Elles subissent de plein fouet les conséquences de choix énergétiques et économiques qui leur sont étrangers.
Un impact dévastateur sur l’agriculture
Selon les projections, un réchauffement compris entre 1,5 °C et 2 °C pourrait rendre impropres à la culture 40 à 80 % des terres agricoles africaines consacrées au maïs, au mil et au sorgho d’ici la période 2030-2040.
Une insécurité alimentaire galopante : Le nombre d’Africains souffrant de la faim, évalué à 240 millions en 2014, pourrait s’accroître de 25 % d’ici 2050 en cas de réchauffement modéré de 1,2 °C, et bondir de 95 % pour une hausse de 1,9 °C.
Le grand paradoxe des COP : atténuation versus adaptation
À première vue, l’augmentation continue des émissions mondiales plaide théoriquement pour un effort massif d’atténuation. Pourtant, si les émissions poursuivent leur trajectoire actuelle, tous les efforts d’adaptation menés localement risquent d’être réduits à néant.
C’est ici que réside le véritable dilemme des négociations climatiques :
D’un côté, la logique globale pousse à exiger des efforts d’atténuation universels.
De l’autre, pour un continent directement saigné par la désertification, la baisse drastique des récoltes et les sécheresses à répétition, c’est la logique de l’adaptation qui doit primer en urgence.
Faire porter l’essentiel des efforts sur l’adaptation apparaît dès lors comme la voie la plus rationnelle pour préserver les populations locales.
Vers une refonte des priorités internationales
Les COP ont beau se multiplier, elles sont régulièrement critiquées pour leur lenteur et le non-respect des engagements financiers pris envers les pays du Sud. Les populations africaines, qui font face à la dure réalité des inondations et de la dégradation des terres, ne peuvent plus se contenter de promesses formulées dans des enceintes feutrées, hors sol.
Le défi des prochaines COP sera donc double : contraindre les grands pollueurs mondiaux à réduire drastiquement leurs émissions tout en débloquant des financements massifs, rapides et directs pour l’adaptation en Afrique. Sans quoi, les sommets climatiques risquent de n’être, pour les pays en développement, que de rituelles grand-messes diplomatiques déconnectées du drame humanitaire qui s’y joue.
Ibrahim Yarou Djibril
