Le Bénin tourne une page historique en matière de sécurité routière. Réunis en conférence de presse ce lundi à l’Assemblée nationale, le président de la Commission des lois, de l’administration et des droits de l’Homme, Orden Alladatin, le Ministre du Cadre de Vie et des Transports chargé du Développement Durable, et le Directeur Général du Centre National de Sécurité Routière (CNSR), Ariel Sacramento, ont présenté les grandes innovations du nouveau Code de la route venant d’être adopté.
Un texte qualifié de « révolutionnaire » par ses initiateurs.
Initialement prévu comme un travail technique de la Commission des lois, le texte a finalement mobilisé la quasi-totalité des députés lors d’une retraite parlementaire à Grand-Popo.
« Nous avons pu mobiliser presque l’ensemble des députés autour du texte. Il y a une très bonne appropriation du contenu », a expliqué Orden Alladatin. Le Code adopté compte désormais 6 titres et 122 articles.
La principale innovation : la fin d’une loi coloniale
C’est l’innovation la plus symbolique. Jusqu’ici, la circulation routière au Bénin était régie par un arrêté datant de 1956, donc d’avant l’indépendance.
« Avant cela, il y avait juste un arrêté qui datait de 1956, une époque où nous ne connaissions pas les tricycles, les radars… Aujourd’hui le contexte est totalement différent. Nous poursuivons la décolonisation législative entamée depuis l’adoption du nouveau Code pénal », a souligné le président Alladatin.
Désormais, le Bénin dispose de son premier véritable Code de la route.
Ce qui change concrètement
Trois innovations majeures ont été mises en avant lors de la conférence :
- Une meilleure protection des usagers vulnérables. Le texte renforce la protection des piétons, qui représentent 15% des décès sur les routes.
Le Code apporte une nouvelle définition juridique de la route, obligeant désormais l’État à intégrer les trottoirs, les pistes cyclables et les aménagements pour piétons dans toute nouvelle infrastructure.
- L’interdiction formelle d’occuper les trottoirs. « L’occupation des trottoirs, ce n’était pas très bien encadré. Les espaces aménagés pour les piétons ne doivent pas être occupés. Nous l’avons consacré dans le texte », a précisé Orden Alladatin.
- L’éducation routière dès le primaire. L’éducation à la sécurité routière devient obligatoire dès l’école primaire et se poursuit au secondaire. Les auto-écoles seront appelées à donner un certain nombre d’heures par an en milieu scolaire. Le ministre a tenu à rassurer : « Il n’y a pas de prix de l’auto-école qui a été fixé dans le code. Au contraire, le code se veut simple et l’apprentissage beaucoup plus démocratique ».
Le Ministre du Cadre de Vie a rappelé le contexte dramatique qui a justifié cette réforme : les accidents de la route tuent plus de 3 200 Béninois chaque année, soit en moyenne 9 décès par jour.
« C’est totalement inadmissible. Notre responsabilité première en tant que gouvernement est de protéger l’ensemble des usagers », a-t-il martelé.
Le nouveau Code renforce également les dispositions sur l’assurance obligatoire des motos pour une meilleure prise en charge des victimes, la simplification des procédures en cas de vol, et la répression de la conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants.
« Nous donnons désormais les armes à la police et aux tribunaux pour pouvoir agir. Par le passé, ce n’était pas évident », a conclu Orden Alladatin.
Le gouvernement est désormais attendu pour prendre les décrets d’application.
Kola PAQUI

