La 18ᵉ Conférence africaine sur la recherche en informatique et en mathématiques appliquées (CARI 2026) s’est ouverte ce jeudi 22 octobre à Cotonou. Au cœur des échanges : le développement d’une Intelligence artificielle adaptée aux réalités africaines et le renforcement de la recherche scientifique au service du développement.

 Vingt ans après une première organisation au Bénin en 2006, Cotonou accueille de nouveau cette rencontre scientifique qui réunit chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants et étudiants autour des avancées de l’informatique, des mathématiques appliquées et de l’Intelligence artificielle.

À l’ouverture des travaux, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, en charge de la formation technique, Sèdami Mèdégan Fagla, a appelé l’Afrique à ne plus se contenter de consommer les technologies conçues ailleurs, mais à participer pleinement à leur développement.

L’Intelligence artificielle offre, selon elle, des perspectives importantes dans l’agriculture, la santé, l’éducation, l’environnement et la gouvernance. Elle a toutefois insisté sur la nécessité de garantir la protection des données personnelles, la sécurité des systèmes et l’accès équitable aux innovations.

La ministre a également alerté sur le désintérêt croissant des apprenants pour les mathématiques et les sciences fondamentales. Qualifiant cette tendance de « drame », elle a annoncé la volonté du gouvernement de renforcer la qualité de leur enseignement et d’encourager les jeunes à s’orienter davantage vers les filières scientifiques et techniques.

Les mathématiques au service des territoires

Le ministre de la Décentralisation et de la gouvernance locale, Janvier Yahouédéou, a plaidé pour une meilleure exploitation des outils numériques dans la gestion des collectivités territoriales. Planification du développement, mobilisation des ressources, gestion des infrastructures et amélioration des services publics figurent parmi les domaines dans lesquels la recherche peut apporter des réponses concrètes.

Il a invité les chercheurs à s’intéresser davantage aux réalités des communes africaines afin que leurs travaux trouvent des applications au-delà des laboratoires et des publications scientifiques.

Pour le Professeur Mahouton Norbert Hounkonnou, spécialiste des mathématiques et de la physique à l’Université d’Abomey-Calavi, l’enjeu dépasse la seule innovation technologique. L’Afrique doit développer ses propres systèmes d’Intelligence artificielle, à partir de ses données, de ses langues et de ses réalités. Faute de quoi, elle risque de rester dépendante des technologies étrangères, avec des conséquences sur sa souveraineté numérique.

152 articles soumis à l’évaluation

Sur le plan scientifique, CARI 2026 a enregistré 152 articles soumis, ayant fait l’objet de 557 évaluations. Selon Mathieu Roche, chercheur au Cirad, les taux de sélection s’établissent à 30 % en informatique et à 38 % pour l’ensemble des articles longs et courts en mathématiques appliquées.

Les contributions proviennent notamment du Bénin, du Sénégal, du Burkina Faso, du Nigeria, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun. Le Bénin figure au deuxième rang des pays contributeurs, selon les statistiques présentées.

Les travaux retenus doivent être publiés par Springer, éditeur scientifique international. Un prix du meilleur article fait également son apparition cette année, afin de distinguer les contributions scientifiques les plus remarquables.

Pour Arnaud Ahouandjinou, président général de CARI 2026, cette conférence doit favoriser les collaborations scientifiques et encourager les jeunes chercheurs à présenter leurs travaux et à confronter leurs idées. « Le plus grand risque pour la science africaine n’est pas l’échec, c’est la timidité », a-t-il affirmé.

Pendant quatre jours, les participants échangeront ainsi sur les avancées scientifiques et les applications de l’Intelligence artificielle. L’objectif est de renforcer la coopération entre chercheurs africains et de faire émerger des solutions technologiques adaptées aux besoins du continent.

Fifonsi Cyrience KOUGNANDE 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici