Face à l’envolée des prix du charbon de bois et aux menaces d’interdiction évoquées par l’exécutif, la transition vers le gaz ou les alternatives propres tourne au casse-tête social. Et si la solution se trouvait dans nos propres agro-industries ? Exploration d’une alternative durable à partir des dérivés du palmier à huile.

La flambée des prix des produits de première nécessité trouve un nouveau terrain d’expression au Bénin : le marché du charbon de bois. Alors qu’un sac de charbon s’échange entre 7 000 et 12 000 FCFA selon les zones, la question de la souveraineté énergétique des ménages s’invite avec acuité dans le débat public. Réagissant en direct sur le réseau social TikTok, le ministre, porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a invité les citoyens à repenser d’urgence leurs habitudes de cuisson.

Au-delà du simple constat économique, cette sortie met en lumière un double défi : la protection de l’environnement et la transition vers des sources d’énergie plus propres. Mais derrière l’invitation gouvernementale à changer d’habitudes se cache une réalité sociale complexe qui mérite d’être examinée, tout en explorant des solutions endogènes souvent négligées.

Le paradoxe de l’équation économique : entre théorie et précarité

L’argument avancé par l’exécutif repose sur une comparaison économique entre le charbon de bois et le gaz butane, notamment en matière de coût et de durée d’utilisation. À première vue, l’envolée des prix du charbon, qui frôlent ou dépassent parfois les 12 000 FCFA le sac, fragilise lourdement le pouvoir d’achat des ménages et rend théoriquement compétitives les petites bouteilles de gaz de 1 kg, 2 kg ou 3 kg.

Pourtant, pour de nombreux ménages vivant au jour le jour, la réalité du terrain obéit à une logique différente : celle de l’accessibilité immédiate, par opposition à l’investissement initial.

La logique du « au jour le jour »

Acheter un bol ou un petit tas de charbon à 200 ou 500 FCFA permet de préparer un repas lorsque la trésorerie du ménage est à zéro. Cette possibilité d’acheter le combustible en petites quantités constitue une solution de proximité pour les familles aux revenus modestes.

En dépit de sa rentabilité potentielle à moyen terme, l’acquisition initiale d’une bouteille de gaz, d’un réchaud et des accessoires nécessaires représente une barrière financière importante pour les populations les plus vulnérables. Demander à ces citoyens de changer leurs habitudes sans réduire ce coût d’entrée revient à ignorer la profondeur de la précarité dans les zones urbaines et périurbaines.

L’impératif écologique et la piste des dérivés du palmier à huile

Sur le plan environnemental, le constat du gouvernement mérite une attention particulière. La production intensive de charbon de bois à partir des ressources forestières contribue à la déforestation, à la dégradation des terres et à l’aggravation des pressions sur les écosystèmes. Elle constitue également un enjeu pour les engagements climatiques du pays.

Cependant, réduire les alternatives au seul duel entre le charbon de bois traditionnel et le gaz butane occulte une ressource locale potentiellement importante : la valorisation des sous-produits et dérivés du palmier à huile.

Coques de palmier et fibres de biomasse

Dans les zones productrices du pays, les coques de noix de palme et les fibres issues de leur transformation constituent des résidus de biomasse susceptibles d’être valorisés comme combustibles, sous réserve d’une évaluation de leurs performances énergétiques et de leurs conditions d’utilisation.

Longtemps considérés comme de simples déchets agro-industriels, ces résidus pourraient ainsi contribuer à diversifier les sources d’énergie domestique et à réduire la dépendance au charbon de bois issu des ressources forestières.

Le charbon vert, une piste à explorer

En transformant les résidus de biomasse végétale, tels que les coques et les fibres de palme ou les bourres de coton, en charbon de substitution, le Bénin pourrait développer une filière industrielle locale génératrice d’emplois verts.

La promotion de ces dérivés permettrait d’envisager une transition énergétique mieux adaptée aux réalités économiques des ménages. Contrairement au gaz, dont l’approvisionnement et les prix peuvent être influencés par les marchés internationaux, l’éco-charbon issu de la filière oléicole pourrait s’appuyer sur une économie circulaire locale.

Toutefois, sa compétitivité dépendrait notamment des coûts de collecte, de transformation, de transport et de distribution, ainsi que de la disponibilité des matières premières. Une évaluation technique et économique permettrait de déterminer les conditions dans lesquelles cette alternative pourrait être accessible aux ménages tout en limitant son impact environnemental.

Les politiques publiques face à l’épreuve de l’accompagnement

Pour que le passage au gaz, aux foyers améliorés ou aux biocombustibles locaux devienne une réalité accessible à tous, l’action publique doit s’articuler autour de mesures pragmatiques.

Structurer la filière des combustibles alternatifs. Il s’agirait d’encourager et d’accompagner la transformation des résidus de l’agro-industrie, notamment ceux issus du palmier à huile, en briquettes de charbon vert. Le développement de cette filière nécessiterait des investissements, des équipements adaptés et un accompagnement technique des acteurs locaux.

Faciliter l’accès aux équipements de cuisson. Des subventions ciblées ou des mécanismes de paiement échelonné pourraient permettre aux ménages à faible revenu d’acquérir des équipements à gaz et de franchir plus facilement le cap de l’investissement initial.

Sécuriser la chaîne d’approvisionnement. L’accessibilité des énergies propres et des combustibles alternatifs doit être garantie sur l’ensemble du territoire national, des centres urbains aux zones rurales. Une transition énergétique efficace ne peut reposer uniquement sur la disponibilité des produits : elle doit également tenir compte de leur prix et de la capacité des ménages à se les procurer.

En définitive, la sortie du porte-parole du gouvernement a le mérite de poser un débat de fond sur l’avenir énergétique du Bénin. Si l’invitation à adopter des habitudes de cuisson plus respectueuses de l’environnement est salutaire, elle ne doit pas se transformer en une double peine pour les populations économiquement fragilisées.

En articulant la transition autour du gaz, mais aussi en valorisant les ressources de l’agro-industrie nationale, notamment les dérivés du palmier à huile, le Bénin pourrait explorer une voie originale, résiliente et inclusive vers une plus grande autonomie énergétique. L’enjeu est désormais de transformer ces possibilités en solutions concrètes, accessibles et adaptées aux réalités des ménages.

Ibrahim Yarou Djibril

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