Un individu, adepte de l’uniforme de Police plus que du code de procédure pénal, a vu sa brillante carrière policière prendre fin avant même d’avoir été titularisée. Faute d’avoir franchi les portes de l’école de police, il a préféré s’en passer, la tenue camouflée tenant lieu de diplôme et de concours d’entrée. Le commissariat de l’arrondissement de Kétou vient toutefois de mettre un terme à cette ascension éphémère. Le dimanche 11 octobre 2026, vers midi, alors que la quiétude dominicale invitait au repos, deux plaignants se sont présentés au commissariat, victimes d’escroquerie dont le mis en cause serait un fonctionnaire de Police. Le moins que l’on puisse dire est que le prétendu policier n’avait pas son pareil pour faire fructifier un uniforme.

Le premier plaignant fut en effet abordé par un jeune homme qui se présenta à lui comme policier. Avec le sérieux que confère un habit de circonstance, ce dernier lui annonça qu’une vente aux enchères se tiendrait dans l’enceinte même du commissariat de Kétou. Séduite par l’uniforme, la victime lui remit cent mille francs (100.000 FCFA) en vue de l’acquisition d’une moto. À ce jour, la moto demeure introuvable, et l’argent, tout aussi insaisissable. L’enchère, elle, n’aura jamais eu lieu, faute d’enchérisseurs, de commissaire-priseur et, surtout, de vente.Le second plaignant, tenancier d’une cafétéria à Kétou, fut lui aussi honoré de la visite du même faux agent. Le procédé, plus audacieux encore, révèle une conception très personnelle du maintien de l’ordre. Se présentant dans l’établissement, le mis en cause embarqua la caissière ainsi que la recette du jour, pour une garde à vue de deux semaines à son domicile privé. L’impétrant semble avoir confondu « servir et protéger » avec « se servir et emporter ». Les investigations menées par les vrais policiers, dont le métier s’apprend ailleurs que devant un miroir, ont permis d’identifier puis d’interpeller le suspect. La perquisition effectuée à son domicile a livré son lot de révélations : une tenue camouflée, soigneusement conservée, que l’intéressé revêtait pour ses activités prétendument policières. Il faut reconnaître au camouflage une efficacité certaine, puisqu’il aura longtemps réussi à dissimuler l’imposture à ses victimes.

Pour l’heure, le faux policier est gardé à vue par les vrais, dans une ironie dont la procédure a le secret. Il comparaîtra prochainement devant le Procureur de la République, qui aura la délicate mission de départager les deux camps. Rappelons, pour la gouverne de ceux que tenterait pareille carrière, que l’usurpation de titre et l’escroquerie figurent au Code pénal, lequel ne prévoit ni période d’essai ni évolution de grade.

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