En marge des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le Bénin a signé, les 12 et 13 octobre, trois accords de financement d’un montant total de 249,5 milliards de FCFA. Derrière les chiffres, une ligne politique fixée par le Président Romuald Wadagni et portée par son ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures, Hugues Oscar Lokossou.
Loin des tribunes, les tables de négociation
Chaque automne, les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale réunissent ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales et dirigeants des grandes institutions de développement. Cette année, le rendez-vous se tenait à Bangkok. Pour bien des délégations, ces journées sont celles des panels, des discours et des photos de famille. Pour le Bénin, elles ont surtout été celles des signatures.
En deux jours, Cotonou a conclu trois accords avec la Banque islamique de développement (BID) et la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA). Montant total : 249,5 milliards de FCFA, soit plus de 380 millions d’euros. Trois secteurs en profiteront directement : les transports, l’agriculture et l’énergie.
« Nous ne sommes pas venus à Bangkok chercher de l’argent pour en chercher, résume Hugues Oscar Lokossou. Chaque franc signé ici a déjà une destination : une route, un champ, un compteur électrique. »
Une doctrine venue du sommet de l’État
La formule dit beaucoup d’une méthode. Depuis son arrivée au palais de la Marina, Romuald Wadagni a fait de la recherche de financements structurants l’un des fils conducteurs de son action. L’ancien ministre de l’Économie et des Finances connaît de l’intérieur les institutions financières internationales, leurs exigences, leurs délais, la rigueur de leurs comités d’instruction. Il sait aussi qu’un financement ne se juge pas seulement à son montant, mais à ce qu’il change concrètement dans la vie des gens.
« Le Président de la République nous a donné une ligne claire, poursuit le ministre délégué. Aller chercher des financements qui structurent, auprès de partenaires capables de nous accompagner dans la durée. Pas des opérations sans lendemain. »
Le choix des interlocuteurs n’a rien d’anodin. La BID, basée à Djeddah, figure parmi les grands bailleurs multilatéraux du monde musulman. La BADEA s’est, elle, spécialisée dans le financement du développement en Afrique subsaharienne. En se tournant vers ces deux institutions, Cotonou élargit le cercle de ses soutiens au-delà de ses partenaires historiques, sans renoncer à ces derniers : la Banque ouest-africaine de développement et la Banque africaine de développement participent elles aussi au grand projet routier financé à Bangkok.
L’homme des dossiers
Pour transformer cette orientation en accords signés, le chef de l’État s’appuie sur un fidèle. Économiste formé à l’Université d’Abomey-Calavi puis à l’Université de Bordeaux, passé par plus d’une décennie à la BCEAO à Dakar, Hugues Oscar Lokossou a rejoint le cabinet de Romuald Wadagni au ministère des Finances dès 2017. Il a ensuite dirigé, à partir de 2022, la Caisse autonome d’amortissement, l’organisme chargé de gérer la dette publique du pays.
Nommé ministre délégué en mai 2026, il hérite d’un portefeuille qui marie deux exigences rarement confortables à concilier : mobiliser des ressources nouvelles et garder la dette sous contrôle. Le ministre assume cet équilibre. « Diversifier nos partenaires, c’est aussi une manière de mieux maîtriser notre dette, explique-t-il. Quand on répartit ses engagements, on gagne en souplesse et en crédibilité. »
Trois chantiers, un pays entier
Le gros des fonds, 201,3 milliards de FCFA apportés par la BID, ira à la route Godomey–Ouidah–Hillacondji, appelée à passer entièrement en 2×2 voies sur environ 94 kilomètres. Un deuxième projet, doté de 12,5 milliards de FCFA, misera sur les légumineuses pour redonner vigueur aux sols de 48 communes. Enfin, 65 millions de dollars de la BADEA, soit 35,75 milliards de FCFA, permettront d’étendre et de densifier le réseau électrique dans 127 localités, avec à la clé le raccordement de 61 127 ménages et de 4 300 très petites entreprises.
Trois secteurs, trois géographies : le littoral et sa frontière avec le Togo, les terroirs agricoles de l’intérieur, sept départements du nord au sud pour l’électricité. Du cordon lagunaire de Grand-Popo aux villages de l’Alibori, aucune région n’est tenue à l’écart.
Le plus dur commence
Reste désormais l’essentiel : passer de la signature au chantier. Les bailleurs le savent, le gouvernement aussi. La crédibilité d’un pays se joue autant dans l’exécution que dans la négociation. Attribuer les marchés, suivre les travaux, justifier chaque décaissement : c’est la seconde moitié du travail, souvent la plus longue et la moins visible. C’est aussi celle sur laquelle les populations jugeront, au bout du compte, la valeur des engagements pris à l’autre bout du monde.
À Bangkok, la délégation béninoise aura donc récolté trois accords et conforté une conviction. La confiance des partenaires financiers ne se décrète pas ; elle se construit dossier après dossier, chiffre après chiffre. Avec ces trois signatures, le Bénin vient d’ajouter trois pierres solides à l’édifice. Aux chantiers, maintenant, d’en apporter la preuve.




