Parmi les financements signés ce lundi 5 octobre 2026 à l’Élysée figure le projet PEDER+. Objectif affiché : étendre l’accès à l’électricité, rééquilibrer les territoires et assainir la situation financière de la Société béninoise d’énergie électrique (SBEE).
Un financement adossé à une visite d’État
Le cadre, d’abord. Lundi 5 octobre, au palais de l’Élysée, le Bénin a signé deux conventions de financement avec l’Agence française de développement, pour 61,9 milliards de francs CFA, soit 94,4 millions d’euros, et une lettre de mandat avec Bpifrance, pour 3,54 milliards de francs CFA. Au total, environ 100 millions d’euros, soit 65,5 milliards de francs CFA. L’Union européenne figure parmi les partenaires financiers.

Ces signatures sont intervenues en marge de la première visite officielle du président Romuald Wadagni en France, et à la suite de son entretien avec Emmanuel Macron. Le ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette a signé au nom du Bénin.
120 000 foyers supplémentaires
Le volet énergétique est porté par le projet PEDER+. Les effets attendus sont de trois ordres : le développement économique local, le rééquilibrage territorial et l’assainissement financier de la SBEE.
Le chiffre avancé est celui de 120 000 foyers supplémentaires raccordés au réseau électrique national. Rapporté à la taille moyenne d’un ménage béninois, cela représente plusieurs centaines de milliers de personnes qui basculeront de la lampe à pétrole vers le réseau, avec tout ce que ce basculement emporte au quotidien.
Ce que change un raccordement est connu, et documenté partout où il a été mesuré. Les élèves révisent le soir. Les centres de santé conservent les vaccins et pratiquent des accouchements en sécurité. Les ateliers de soudure, les moulins, les coiffeurs et les menuisiers cessent de dépendre d’un groupe électrogène dont le carburant mange la marge. Les commerçantes conservent leurs produits frais.

Le rééquilibrage territorial
L’électricité a longtemps été, au Bénin comme ailleurs sur le continent, un marqueur de la fracture entre villes et campagnes. Le raccordement dessinait une géographie du privilège : au sud et dans les centres urbains le réseau, ailleurs la lampe à pétrole.
Le projet s’inscrit explicitement dans la politique d’instauration des pôles de développement territorial. L’idée est de ne plus concevoir l’énergie comme un service urbain à étendre progressivement, mais comme une infrastructure de base qui conditionne l’activité économique partout où elle arrive.
C’est en cela que l’électricité devient moins un confort qu’un carburant. Un territoire raccordé peut transformer sur place, conserver, produire. Un territoire non raccordé exporte sa matière brute et importe sa valeur ajoutée.
Le raccordement agit ainsi comme un multiplicateur. Il ne crée pas l’activité par lui-même, mais il lève le plafond qui la contenait. Une localité branchée voit apparaître, dans les mois qui suivent, des métiers qui n’y existaient pas : soudure, mécanique, transformation agroalimentaire, services numériques.

L’assainissement de la SBEE
Le troisième volet est moins visible mais tout aussi déterminant : l’assainissement financier de la Société béninoise d’énergie électrique.
Un opérateur énergétique fragilisé ne peut ni investir ni entretenir. Les pertes techniques et commerciales, les impayés et la structure tarifaire pèsent sur sa capacité à étendre le réseau. Conditionner un financement d’extension à un volet d’assainissement revient à traiter la cause en même temps que le symptôme.
« Chez nous, la nuit tombe à dix-huit heures »
Au-delà des bilans comptables, l’attente est concrète. Cossi Binazon, environ 45 ans, entrepreneur agricole à Djidja, suivait la séquence parisienne depuis le Bénin : « Chez nous, la nuit tombe à dix-huit heures et tout s’arrête. Mes enfants font leurs devoirs à la lampe torche. Si le courant arrive, c’est toute la vie du village qui change. »
Dans la diaspora parisienne, l’émotion portait sur la présence du chef de l’État. Olivier Amoussou, Informaticien à Meaux mais travaillant sur Paris, était venu l’apercevoir : « J’ai vu notre président, j’en ai encore des frissons. Il est venu chercher de quoi éclairer nos villages. Mon père vit encore là-bas, sans électricité. »

Le calendrier fera foi
Restera à mesurer les raccordements effectifs, localité par localité, et à vérifier que l’assainissement de l’opérateur accompagne bien l’extension du réseau. C’est à ce niveau de détail, et non au niveau des enveloppes, que se jouera l’impact réel du projet.



